Minerais : A Makénéné, les riverains lésés dans l’exploitation de la carrière de pierre.
Une vue de la carrière de pierre de Makénéné le 22 juillet 2021.

Le cahier de charge de l’exploitant chinois Sinohydro dans le cadre des travaux de réhabilitation de la route Yaoundé -Bafoussam-Babadjou, dans son lot 2 qui vise à construire le tronçon Kalong-Tonga à l’Ouest du Cameroun n’est toujours pas respecté.

Construite en terre battue, la maison de Paul Komi laisse néanmoins entrevoir quelques fissures. Certains fils de fer qui soutiennent le bâtiment sont visibles. Une situation qui représente une menace pour les occupants de cette maison.  Pour une meilleure sécurité, Paul Komi a fabriqué des parpaings, encore disposés dans sa cour, en vue de renforcer sa bâtisse. « Sans ces fils de fer, ma maison tombait. Seulement, elle ne peut pas rester dans cette situation, parce que ça va lâcher un jour. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai opté pour les parpaings, c’est plus solide », confie-t-il.

Comme Paul Komi, les habitants du quartier « Babitcho », encore appelé « quartier Carrière » (autre nom attribué à cette zone qui abrite le chantier d’extraction des pierres) ont vu leur quotidien chamboulé depuis le début de l’exploitation de la carrière de pierre de Makénéné, une commune située dans le département du Mbam et Inoubou, région du Centre. « Lors des tirs de pierre, nous sommes obligés de quitter la maison, à cause du tremblement de terre et des bruits », explique Brigite Matho, riveraine.

Selon ces riverains rencontrés le jeudi 22 juillet 2021, aucune maison n’est épargnée. « Quand les ouvriers de la carrière jettent les « bombes » (les explosifs utilisés pour fragmenter les roches NDR) pour casser les pierres, ça dégrade les maisons, mais cela ne leur dit rien. D’ailleurs, je crois que ma maison est encore debout parce qu’elle est en dur, sinon elle serait déjà détruite », croit savoir Sébastien Minamou. A sa suite, Prosper Yonou, le chef du quartier déplore : « en tant que responsable, je parle avec les larmes aux yeux. Il y a des maisons qui se sont écrouler ».

Une vue de la carrière de pierre de Makénéné le 22 juillet 2021

A en croire ces riverains, pendant ces opérations de tir de mine en vue de fragmenter les roches situées sur les collines de Makénéné, les populations sont obligées de fuir leur domicile, pour se protéger des vibrations. Un exercice qui, disent-ils, dure une trentaine de minutes, et une fois le mois.

Cahier de charge

A ce désagrément, s’ajoute le non-paiement des indemnisations. « Il était prévu au départ, l’indemnisation des populations, mais personne n’a été indemnisée. Pourtant un dossier avait été monté, la commission était descendue trois fois avec l’ancien préfet. Mais à l’heure actuelle, il parait que personne n’a été indemnisée », confie Adamou Amang, délégué départemental de l’Environnement, de la protection de la nature et du développement durable pour le Mbam et Inoubou.

Outre ce manquement, figure le non-respect du cahier de charge de Sinohydro corporation limited, l’entreprise chinoise en charge de l’exécution du lot 2 des travaux de réhabilitation de la route Yaoundé-Bafoussam-Babadjou, ainsi que la construction d’un échangeur au Carrefour Obala. Les travaux de ce lot qui consistent à construire le tronçon Kalong-Tonga pour une distance de 67 km sont, d’après certains responsables de l’entreprise chinoise, achevés.

L’entreprise qui devait donc créer une plate-forme de concertation, de sensibilisation et de négociation entreprise-populations sur les activités et impacts connexes du projet, appuyer des populations locales en infrastructures, équipements des services sociaux de base, et appuyer les micro-projets productifs… n’a quasiment rien réalisé jusqu’ici. « Au fond, sans vous tromper, même pas une borne fontaine, un forage construit pour la population », regrette David Imbeng, maire de la Commune de Makénéné. Dans la même logique, Adamou Amang ajoute : « Le cahier de charge n’est pas respecté. Quant aux œuvres à caractère social comme les forages, les centres de santé, les écoles… rien n’est fait ».

A la base de Sinohydro à Makénéné, la seule information qu’a pu obtenir Datacameroon est qu’il n’y a plus de travaux sur le site, et que la route passe déjà. Cependant, les populations lassent d’attendre les retombées, se remettent aux autorités administratives. « Ce que nous souhaitons c’est que l’Etat essaie de faire un effort pour que nous puissions profiter de la carrière. L’homme qui a la forêt profite de la forêt, celui qui a la rivière profite d’elle, et nous qui avons les montagnes, qu’est-ce que nous avons comme profit ? même pas les routes, ni l’électricité. On attend que l’Etat nous donne la conduite à tenir », s’exclame désespérément Sébastien Minamou. Qui comme les autres riverains, révèle que des victimes fictives, ont été dédommagées. L’affaire portée à la sous-préfecture depuis pratiquement 2 ans, est toujours en instance. Joint au téléphone, Juliette Arlette Ewodo, Sous-préfet de cette Commune, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet, et a demandé de se tourner vers le préfet.

Michèle EBONGUE

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