[Reportage] Crise anglophone : Le calvaire sanitaire des déplacés internes dans le Moungo

Victimes des affres de la crise sociopolitique qui sévit dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest, de nombreux Camerounais qui ont fui les violences, peinent à s’offrir des soins médicaux adéquats dans le département du Moungo.

Depuis février 2019, la vie de Joseph M. connait un bouleversement. Ce militaire à la retraite, originaire de la région du Sud-Ouest, s’était reconverti en cacaoculteur afin d’avoir une source de revenu. Une activité dans laquelle, il a investi toutes ses économies, pour une plantation d’environ 4 hectares dans la localité de Bangem. A cause de l’instabilité qui règne dans cette région depuis 2016,ce sexagénaire a tout abandonné pour se mettre à l’abri dans la ville de Melong, dans le département du Moungo, région du Littoral. Après avoir fait partir sa famille en 2018, cet ancien militaire espérait une accalmie, mais la situation s’est empirée, avec les violences, les assassinats, les kidnappings, le contraignant à une nouvelle vie tumultueuse, sans repère.

A son arrivée à Mbourougou, l’un des quartiers de Melong, la famille a bénéficié de l’hospitalité de certains proches, qui ont contribué à leur hébergement et leur insertion sociale. Mais, leur récolte, issue des champs reçus de la communauté reste insuffisante. Et, les petits jobs effectués chez les producteurs locaux, leurs donnent à peine de quoi compléter leur ration alimentaire. « La situation est vraiment difficile pour cette famille, comme la plupart des déplacés internes qui ont trouvé refuge dans cette localité », explique un proche.

Le départ forcé de cet ancien militaire de son village, a été un choc psychologique, qu’il peine à surmonter. Ajouté à cela, il est confronté à des problèmes de santé encore non diagnostiqués.  « Ses problèmes de santé se sont aggravés avec sa situation actuelle. On ne peut être fixé qu’aprèsune consultation », apprend-on. Un besoin qui ne sera probablement pas satisfait de sitôt, dit-il, pour des raisons financières.

En effet, dans les hôpitaux publics de la commune de Melong, comme dans tout le département du Mungo, aucun protocole médical n’a été mis sur pied, pour accompagner ces milliers de victimes du conflit anglophone sur le plan sanitaire. Malgré leur situation précaire, ils bénéficient du même traitement que tous les autres patients, explique un personnel de l’hôpital de district de santé de Mélong. A la sous-préfecture, on soutient que les aires de santé ont augmenté, suite à leur arrivée massive. L’arrondissement serait passé de 5 à une dizaine d’aires de santé. Les déplacés de cet arrondissement, sont estimés à plus de 3 milles âmes. « Ils ont les mêmes problèmes de santé que les autres habitants. Nous n’avons noté aucune maladie liée à leur situation », souligne notre source à la sous-préfecture.

Anémie

En plus des aires de santé, dont le but est d’assurer une prise en charge de proximité, dans l’arrondissement de Mbanga, qui enregistre au quotidien des entrées massives de ces déplacés, chiffrés au mois d’octobre à près de10 mille, la sous-préfecture s’est engagée dans le traitement des points d’eau à travers les services de district de santé, afin d’éviter toute source de contamination. « La localité à l’avantage de produire la plus grande partie des apports nécessaires à l’alimentation, sinon on devait être confronté à la faim. Donc, la population peut se nourrir à sa faim, c’est pour cette raison que nous n’avons heureusement pas enregistré de cas de malnutrition », explique le sous-préfet de Mbanga, Voh Buikame Armstrong.

Toutefois, mêmes avec toutes ces dispositions sociales, les déplacés sont confrontés aux problèmes d’accès aux soins de santé et à une alimentation équilibrée.D’après une source à   l’hôpital de district de Mbanga, plusieurs cas de paludismes négligés, mal traités, ayant engendrés des anémies, et des cas d’anémies sévères liées à la mauvaise nutrition, ont été enregistrés. Ceux qui parviennent à se faire consulter, repartent sans suivre ou achever leur traitement. « Nous avons enregistrés plusieurs patients qui risquaient une malnutrition qui ont étaient soignés. Mais un seul cas typique de la malnutrition sévère d’un enfant issu d’une famille de déplacé interne, a été enregistré il y a deux mois. Nous avons heureusement pu le soigner. La famille n’avait pas de moyen financier et avait vraiment de la peine à manger. Elle a bénéficié d’une chaine de solidarité. Certes Mbanga est une zone agricole, mais le véritable problème relève de la qualité de l’alimentation », explique notre source.

La plupart de ces établissements sanitaires, ne dispose d’aucune base de données statistiques spécifique aux victimes de conflit. Ceci s’explique à en croire une source médicale, par le fait qu’ils ne se signalent pas lors des visites médicales, ne bénéficient d’aucune faveur et sont parfois confondus aux populations hôtes. Aussi, indique-t-elle, il revient au ministère de la Santé Publique, de mettre sur pied un protocole de prise en charge particulière pour ces personnes en difficulté et non l’inverse. « Nous n’avons enregistré aucun problème de santé liée spécifiquement aux déplacés. Nous relevons des données sanitaires globales. Il va falloir faire une descente sur le terrain, pour évaluer leur état nutritionnel. Nous savons qu’il y aura des problèmes liés à la malnutrition, mais il est difficile de savoir s’ils sont plus touchés que la population hôte », relève un chef de centre de santé à Nkongsamba. Le Moungo n’est malheureusement pas un cas isolé. Dans les villes francophones, les déplacés font toujours face à des problèmes de survie.  Notamment, problèmes de nutrition, de logement, de soins médicaux, de scolarité et d’emploi.

Toutefois, dans le Moungo comme ailleurs, ils bénéficient de temps en temps, de l’appui de certaines ONG, qui se limitent généralement à un accompagnement de subsistance. L’état du Cameroun, à travers le Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT), octroie régulièrement des dons à ces sinistrés, en produit de première nécessité. Entre autres, matelas, couvertures, savon, denrées alimentaires. Le MINAT a été doté à cet effet, d’un budget de 12.716.500.000 FCfa destiné au Plan d’Assistance Humanitaire d’Urgence pour secourir les déplacés et réfugiés.

Le HCR estime à 542 158 personnes déplacées dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest(octobre 2019), avec plus de 35 000 milles réfugiés camerounais exilés au Nigeria.

Marie Louise MAMGUE de retour du Moungo