Justice : Près de 530 présumés Boko Haram incarcérés à la prison principale de Maroua

Cette maison d’arrêt créée en 1935 avec une capacité de 350 places, en plus de faire face à la surpopulation carcérale, estimée à 1 601 pensionnaires, accueille des présumés terroristes de la secte islamiste, Boko Haram, qui côtoient des détenus ordinaires.

La prison principale de Maroua n’échappe pas à la règle en matière de surpopulation carcérale et de promiscuité comme toutes celles du Cameroun. D’une capacité initiale de 350 places, cette maison d’arrêt et de correction créée en 1935, a une population carcérale estimée à ce jour à 1 601 pensionnaires. Elle a également la particularité d’abriter des membres présumés de la secte islamiste nigériane, Boko Haram qui se chiffrent à environ 530, dont 16 mineurs, 9 femmes et 3 mères d’enfants.

Une fusion, qui n’est pas du gout des membres de familles des détenus ordinaires. Selon Aissa Fadadjo dont le petit frère est incarcéré pour vol aggravé à la prison centrale de Maroua, « il est surprenant que des dangereux terroristes de Boko Haram, soient gardés dans une même prison que les femmes et les mineurs parce qu’ils peuvent profiter pour endoctriner les autres prisonniers et enrôler de nouvelles recrues ».

Un gardien de prison qui a requis l’anonymat, a confié, qu’« il y avait avant, plus de 1 700 présumés Boko Haram. Certains ont été acuités, d’autres ont été transférés sur Yaoundé pour exploitation ou encore dans certaines cellules des différentes forces de sécurité pour des besoins d’enquête ». Cependant, les données ont évolué avec la guerre contre Boko Haram qui continue et des arrestations. « Avec ce mélange, on vit presque dans une poudrière », dit-il. Pour éviter le pire, il y a quelques années, le régisseur avait interdit aux prisonniers de prier par petits groupes, et toute communication entre les détenus liés à Boko Haram avec les visiteurs.

Droits de l’homme

La prison centrale de Maroua ne fait pas seulement face à la surpopulation carcérale et à la présence des présumés adeptes de prison Boko Haram. Son engorgement peut se justifier par les violations régulières de leur droit à une justice diligente.  Ce d’autant plus que leurs conditions de vie ne sont pas des plus humaines. « Il y a une grande proportion de prévenus que des prisonniers déjà condamnés. Cela se fait remarquer dans beaucoup de nos prisons. Si les procédures étaient conduites selon les règles de l’art, on n’en serait pas arrivé là », commente sous cape un geôlier.

Selon Mapaya Souleymane, président de l’association pour la sauvegarde des Droits de l’homme, « les violations les plus fréquentes en milieu carcéral sont d’abord liées aux procédures. Cela commence par des arrestations arbitraires et des détentions illégales. On en veut par exemple de nombreux détenus qui, depuis deux ans, sont en détention préventive ou encore sont sans mandat de détention. Depuis ce temps, ils n’ont jamais été appelés à la barre ».

Dans une interview accordée à France Culture le 9 octobre 2018, Sandrine Dacga Djatche, avocate camerounaise, membre du réseau des avocats camerounais contre la peine de mort, déclarait : « J’ai eu la possibilité de défendre certains condamnés à mort de la prison centrale de Maroua devant le tribunal militaire. Mais on ne respecte pas les conditions humaines de détention. Les condamnés à mort sont mélangés avec les autres détenus en raison justement de l’insuffisance de places ». D’après cette avocate, les procès de terrorisme concernant Boko Haram se font en violation flagrante des droits de l’Homme, des droits de l’accusé et des droits de la défense. « Et lorsque je m’en suis offusquée, le commissaire du gouvernement qui représente le ministère public m’a rétorqué, en me narguant que les instructions venaient d’en haut, qu’ils devaient faire du chiffre, qu’ils devaient condamner à mort », s’insurge-t-elle.

A sa suite, Mapaya Souleymane, relève qu’il y a beaucoup de prévenus accusés d’actes de terroriste dans le cadre de la lutte contre Boko Haram, qui sont détenus à la base sur une simple dénonciation. « Dans ce lot, il y a les vrais terroristes mais aussi des gens taxés de Boko Haram à cause d’un règlement de compte ou de jalousie », souligne Souleymane. En clair, la surpopulation carcérale rime toujours avec violation des droits des détenus.

A en croire certains juristes, lorsque les procédures sont conduites dans le strict respect du droit pénal et avec diligence, cela réduirait drastiquement la proportion de nombreux prévenus qui peuplent nos prisons et partant toute la population carcérale. En plus, si ces lieux de détention bénéficiaient des projets d’extension, cela rendrait les conditions de détention plus humaines.

Jacques Kaldaoussa à Maroua