Ecotourisme : plus de 22 sites touristiques en péril dans la région de l’Est

Avec plus de 700 structures d’accueil dans ses quatre départements, dont moins de 20 sont classées avec un seul hôtel de 3 étoiles, les sites touristiques de la Région de l’Est souffrent d’une sous-exploitation, due essentiellement à l’enclavement.

La grotte du Roi Mbartoua à Gounté, localité située à 25 kilomètres de Bertoua, chef-lieu de la région de l’Estest le lieu où le Fondateur de la ville de Bertoua habitait pendant la période de la colonisation pour fuir l’agression des colons. Malheureusement, ce site touristique n’est pas viabilisé et il est très peu connu du grand public. Au cours de la célébration de la journée mondiale du Tourisme en 2016, l’unique raison qui a motivé l’organisation d’une excursion sur ce site par la délégation régionale du Tourisme et des loisirs de l’Est, était sa proximité avec la ville de Bertoua. « Le choix même de Gounté vient du fait que ce site est situé à 25 kilomètres de Bertoua. Les moyens d’organiser les excursions sur les autres sites sont limités, parce que l’accès est difficile à cause de l’enclavement et ces sites ne sont pas aménagés. Le lac Letta qu’on a aussi visité, est un grand site qui n’est pas aménagé. On a fait plus de 4 kilomètres en voiture et 3 kilomètres en brousse pour y accéder parce qu’il n’y a pas de voie d’accès », indique Agnès Kemjio, alors chef service de la promotion du Tourisme.

A en croire Agnès Kemjio, l’Est est riche en site touristique. « J’estime que l’Est c’est le Cameroun en miniature parce qu’on y retrouve tous ce que le Cameroun regorge en termes de potentiel touristique. Bref, l’Est est une aire écologique dominée par les grands arbres et on y identifie près de 1500 essences végétales dont certains sont entièrement protégées ainsi que plus de 500 espaces animales qui peuplent surtout la réserve du Dja déclarée patrimoine mondiale de l’humanité », précise-t-elle.

La grotte de Mbartoua, celles de Mvanda et d’Esseng dans l’arrondissement de Nguélémendouka ne sont pas connus du grand public. De l’autre côté, les chutes de Mali Limboka et de Moniï dans l’arrondissement de Bétaré-Oya, le lac Letta, les chantiers d’or de Bétaré-Oya ou le paysage de Wasangué qui auraient dû être des lieux d’attraction et de plaisir sont aussi abandonnés à eux-mêmes. « Pour viabiliser un site touristique, il faut l’aménager, il faut les voix d’accès, il faut construire les infrastructures d’accueil, il faut un personnel, il faut les plaques de signalisation. Ce qui n’est pas le cas avec les sites cités », indique Maxime Ntsene, chef service des sites touristiques.

Illégalité

Un expert en tourisme qui a requis l’anonymat, révèle dans une enquête, que plus de 22 sites touristiques sont en souffrance dans cette région. Il soutient que cette sous-exploitation est due essentiellement à l’enclavement car, « là où il n’y a pas de route, on ne parle pas de tourisme. Il faut des conditions de confort et de sécurité pour les touristes ». Par ailleurs note-t-il, « Il y a environs 700 structures d’accueil dans les quatre départements, moins de 20 sont classées avec un seul hôtel de 3 étoiles. 70% sont non classées alors que la quasi-totalité évoluent dans l’illégalité totale ». A sa suite, le Directeur de l’un des rares hôtels classés à Bertoua souligne que, « le secteur touristique est la première industrie mondiale en termes de chiffre d’affaire et d’emploi. Malheureusement, à l’Est, il n’y a que les amateurs ». Il ajoute : « le secteur d’hôtellerie n’a jamais évolué à l’Est. La majorité des structures fonctionnent dans la clandestinité conformément aux dispositions de la loi n° 98/006 du 14 avril 1998. ».

Cette illégalité a été déplorée dans un rapport de la délégation départementale de la communication du Lom-et-Djerem, qui affirme qu’en 2003 lors de la célébration de la 24eme journée mondiale de tourisme, tous les établissements hôteliers étaient exclus de la compétition du concours du meilleur hôtel parce qu’il fallait prouver qu’on a une autorisation de construire et d’ouvrir l’établissement. Il fallait aussi montrer la police d’assurance pour couvrir les clients, le dossier médical du personnel, la trousse médicale de premier secours, payer ses impôts et prouver que le Directeur et le personnel étaient qualifiés. Aucun hôtel ne remplissait ces conditions à l’époque.

Le président du syndicat patronal des industries de tourisme, hôtellerie et loisirs de l’Est (SPITHL) Magloire Tamto, relève également comme problème : « l’incapacité de la Camwater de fournir l’eau dans les établissements hôteliers, le manque d’énergie, l’excès de contrôle, l’harcèlement fiscal et l’enclavement ». Pour sortir de cette situation, ce syndicaliste sollicite des pouvoirs publics, « le bitumage de la route Bertoua-Batouri-Yokadouma, l’ouverture des routes qui mènent sur des sites touristiques, la création d’une banque touristique et que le syndicat soit associé à toutes les missions de contrôle dans les établissements touristiques ». En attendant, les conséquences de cette sous-exploitation des ressources touristiques sont visibles à travers le déclin des activités et des recettes touristiques. La délégation du tourisme regrette d’ailleurs que « la plupart de ceux qu’on peut qualifier de touristes d’après les fichiers des hôtels, ne sont que les chauffeurs grumiers généralement en transit pour le Tchad, la RCA et le Congo »

Initiatives

Cependant, des projets sont menés autant par les particuliers que l’Etat pour valoriser ce secteur d’activité. Le Fonds National de l’Emploi (FNE), service d’appui aux entreprises a organisé des rencontres sectorielles dans le but de favoriser une plateforme de concertation entre les différents acteurs de ce secteur.  Des rencontres qui ont permis au grand public, de prendre connaissance du rôle que pourrait jouer le Fonds National d’Emploi pour la relève du tourisme à travers son service d’intermédiation pour la création des emplois.

La région de l’Est étant une destination phare pour l’écotourisme, le gouvernement et des certaines ONG à l’instar du Fonds Mondial pour la Nature (WWF) fournissent des efforts de conservation et de protection de l’écosystème afin de préserver ce patrimoine naturel de toute influence urbaine et pollution, notamment dans la réserve du Dja, les Parc nationaux de Boumba-Bek, Nki et Lobéké. Dans les municipalités et selon Adamou Iya Justin, maire de la Commune de Bétaré-Oya, en 2018, la Commune a actualisé son plan communal de développement (PCD). Son objectif est de faire de «Bétaré-Oya une citadelle où sont greffées des infrastructures et  des biens qui œuvrent à l’épanouissement économique et socioculturel de ses populations dans un environnement écologiquement saine, qui  prend en compte la viabilisation des différents sites touristiques à fin de renflouer les caisses de la Commune».

Par Sébastian Chi Elvido à Bertoua

Quelques sites touristiques répertoriés

Réserves

La réserve du Dja (526.000ha)

La réserve de Boumba Bek

La réserve de Mbam Djerem

Le sous-bois de Madouma abritant la vieille demeure du Dr Jamot

La réserve de Nki

Chutes, cascades et lacs

Les chutes de Boden, les cascades de Ndong (arrondissement de Ndélélé)

Le lac Batouri

Le lac Mokounounou (Boumba-et-Ngoko

Les chutes de Boumba

Les chutes de Mali (Bétaré-Oya)

Le Berges de la Sanaga (Belabo)

Monts, Grottes et Pic

Les monts Pandi (Batouri)

Le sanctuaire marial

Les grottes de Mbartoua

Le rocher Bindia

La grotte de Mvanda et d’Esseng (Nguélémendouka

La grotte de Timbé (Doumé)

Autres sites

La mare aux hippopotames (Ndélélé)

La mare aux hippopotames (Lala, Kétté)

Les mines d’or exploité artisanalement

Les gites d’étapes de Nka

Le campement des pygmées de Mayo

La forteresse allemande (Doumé)

La ville de Lomié avec son architecture coloniale reflétant le passage des Allemands

(Source : Est ; Guide touristique, informations utiles, Délégation régionale du Tourisme et des Loisirs)