Répression : Plus d’un million de F Cfa de pertes après l’interdiction de la dédicace des ouvrages de Maurice Kamto

Interdit d’accès par les Forces de maintien de l’Ordre, le Restaurant La Chaumière qui devait accueillir ladite cérémonie, chiffre ses pertes à près d’un million.  L’hôtel Vallée des Princes n’a pas souhaité s’étendre sur cet incident. Des avocats suggèrent de saisir le juge administratif pour réparation.

Une vue de La Chaumière, le restaurant qui a été quadrillé le jeudi 2 décembre 2021

Quelques jours après le départ forcé de Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), le complexe La Chaumière à Bonapriso et l’hôtel Vallée des princes à Bessengue font le point des pertes qui se chiffrent à plusieurs millions de F Cfa.

Seulement, aucun employé de vallée des princes n’a souhaité s’exprimer sur les répercussions de l’incident lié au blocus de cet établissement hôtelier. « Il vient à peine de partir, nous ne nous sommes pas encore remis de la situation. Nous n’avons pas reçu l’autorisation du Directeur pour parler à la presse, même s’il est encore très tôt pour parler des pertes, parce qu’on n’a encore fait aucun état », dixit une employée de cet hôtel qui a requis l’anonymat. Et d’ajouter : « Nous avons des clients qui avaient déjà fait des réservations et qui ont dû décommander. Aujourd’hui (vendredi 03 décembre 2021) par exemple, nous avions des clients qui devaient arriver, mais avec cette situation, nous n’avons reçu personne, et ce sera encore le cas demain. Qui va accepter de venir prendre une chambre avec ce qui s’est passé ? » Même une semaine après cet incident, l’hôtel n’a toujours pas voulu se prononcer sur les préjudices financiers de cet acte des autorités publiques.

A La Chaumière par contre, Cyrille Sam Mbaka, le propriétaire des lieux, se remémore encore des séquelles de cette journée.  « J’ai vu ma maison bloquée de 5h du matin à 19h. Je pouvais me déplacer, mais l’essentiel était que toutes les grilles soient fermées. Mon établissement a été complètement interdit d’accès à ma clientèle ce jour-là. Pour ceux qui avaient fait des réservations, j’ai dû rembourser. Et Comme par hasard, j’avais au moins 3 réservations. »  A en croire Cyrille Sam Mbaka, les répercussions financières sont énormes.  « Avec une journée pleine comme celle-là, j’étais autour d’1 million F Cfa de pertes. Et les remboursements étaient de 250 000 F Cfa environ. » Le plus accablant, relève-t-il, n’est pas la perte générée, mais l’impact causée. « C’est une mauvaise publicité qu’on me fait. Et pour moi, c’est plus grave encore que ce que j’ai perdu cette journée-là. »

Selon l’économiste, Edmond Kuaté, cet arrêt d’activité génère un manque à gagner énorme, autant sur le plan des échanges, que sur la logistique. « On sait que le commerce s’appuie beaucoup plus sur le plan logistique. Donc, le restaurant ne prépare pas comme s’il s’attendait à recevoir les clients ordinaires, cela demande un investissement supplémentaire, idem pour la boisson. », indique-il. Quant à l’hôtel, « on sait que le défis est de faire un taux de remplissage d’au moins 30%. Le but étant de lui permettre de faire face à ses charges opérationnelles que sont le paiement des factures d’eau et d’électricité. », a ajouté Edmond Kuaté. Qui s’interroge néanmoins sur qui les pertes seront imputées.

A cela, Me Nestor Njamen, juriste d’affaires, indique que l’hôtel Vallée des Princes n’a commis aucune faute, pour que les Forces de maintien de l’ordre lui empêchent de mener ses activités. L’avocat souligne d’ailleurs que ces Forces armées ont agi comme si l’hôtel avait été réquisitionné, alors que ce n’est pas le cas. « On peut donc dire que le Sous-préfet a posé un acte d’excès de pouvoir. Il s’agit en droit administratif, d’un acte qui sort de son champ de compétence. C’est d’autant plus grave qu’il ne s’est pas contenté d’interdire l’activité, il a carrément paralysé l’établissement. On peut dire que ça a causé un énorme préjudice », précise cet avocat. Qui relève que si les activités culturelles entrent dans le cadre de des activités de La Chaumière, comme l’a indiqué son promoteur, le restaurant n’avait pas besoin d’une autorisation pour abriter la dédicace.

D’après Me Nestor Njamen, il est dans ce cas, du droit de La Chaumière et de l’hôtel Vallée des Princes, de saisir le juge administratif, afin de solliciter réparation et indemnisation. « C’est l’Etat qui va payer. Maintenant, il y a des cas où le Sous-préfet peut poser un acte, l’Etat va estimer qu’il est vraiment sorti de son cadre, et il procède à ce qu’on appelle une action récursoire contre le fonctionnaire en question. », informe Me Nestor Njamen.  Et de conclure : « Pour attaquer l’ordre du Sous-préfet, normalement, ça commence par un recourt gracieux au ministère de l’Administration territoriale (Minat). Il dispose d’un nombre de temps pour répondre. Si le Minat ne réponds pas, un recourt peut-être introduit devant le juge administratif. »

Rappel des faits

En effet, le jeudi 2 décembre 2021, le président national du MRC avait prévu dédicacer ses ouvrages au restaurant La Chaumière à Bonapriso, dans l’arrondissement de Douala 1er.  Cet établissement a été contraint de fermer ce jour. Tandis que l’hôtel Vallée des Princes, qui herbageait l’écrivain a été interdit d’entrée et de sortie.

Michèle EBONGUE

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