VIH/Sida : 1184 jeunes et enfants dépistés positifs en 2020 à l’Est
Source : GTRLVIH /DataViz : ADISI-Cameroun

La tranche d’âge de 15 à 19 ans est la plus touchée par cette pandémie qui a déjà fait globalement près de 500 décès. La situation des enfants reste également préoccupante.

Depuis environ deux ans, Gisèle (Nom d’emprunt) est obligée de se cacher, pour prendre ses médicaments. Placée traitement sous antirétroviraux (Arv), elle a peur de la réaction de ses camarades et même des membres de sa famille. « J’ai confié mon secret à celle que je considérais comme ma meilleure amie il y a de cela deux ans, et celle-ci m’a immédiatement abandonnée et vilipendée. Aucun de mes camarades ne sais que je suis malade. Je me cache pour prendre les médicaments. J’ai peur des moqueries et du rejet des autres si je leur en parle », confie cette élève de 17 ans d’un lycée de la ville de Bertoua.

Dans la région de l’Est, la plupart des jeunes porteurs du VIH gardent secrètement leur statut sérologique. Parfois même au sein de leur famille, il n’y a qu’une ou deux personnes qui sont en informés.  Selon Josiane Ekoule, psychologue et membre d’une association des personnes vivant avec le VIH/Sida à l’Est, « le renfermement de plusieurs jeunes infectés par cette maladie se justifie par la stigmatisation et la discrimination qui sont de plus en plus croissantes dans notre société. Ces jeunes voient leurs droits les plus élémentaires bafoués au quotidien, aussi bien dans leur environnement familial que social et professionnel ; malgré les dispositions constitutionnelles et les accords ratifiés par le Cameroun ». Elle ajoute qu’il faut surtout accentuer la sensibilisation. « Parce que si les populations savent comment se transmet le VIH, elles n’auront plus peur de saluer les porteurs de virus, de manger en leur compagnie et même de vivre au quotidien avec les malades. Cette sensibilisation peut aussi diminuer les nouveaux cas d’infections ».

Source : GTRLVIH /DataViz : ADISI-Cameroun

Taux de séropositivité

En effet, au moment ou les feux des projecteurs sont tournés vers la pandémie du Coronavirus, le combat contre le VIH/Sida est loin d’être terminé dans la Région du soleil levant. « Lorsqu’on compare les taux de séropositivité des jeunes de 10-14 ans et de 15-19 ans des années 2019 et 2020, on constate pour ces deux tranches d’âges que les indicateurs ont progressés. Et les causes de cette progression sont entre autres, les dépistages qui se sont accrus en communauté dans tous les districts de santé à travers le partenaire GUGH qui l’année dernière procédait à des dépistages de masse en communauté. Ce qui n’était pas fait en 2019. Donc, on peut dire qu’on n’avait pas jusqu’ici dépisté le maximum de cas positifs. Ce qui fait qu’avec la stratégie de GUGH, de nouveaux foyers de contaminations ont été touchés », explique Dr Mbella Mpay Stéphane, coordonateur du Groupe technique régional de lutte contre le VIH/Sida (GTRLVIH)à l’Est.

Rien qu’en 2020, 1184 jeunes et enfants ont été dépistés positifs au VIH/Sida dans l’ensemble de la Région. Sur les 1090 enfants âgés de 5 à 9 ans dépistés l’année dernière, 23 ont été déclarés positifs au VIH, pour un taux de séropositivité 2,11% et 21 mis sous traitement antirétroviraux (Arv). Dans la tranche 10-14 ans, sur 4102 jeunes dépistés, 55 ont été confirmés positifs au VIH pour un taux de séropositivité de 1,34% et 46 mis sous traitement Arv.

Source : GTRLVIH /DataViz : ADISI-Cameroun

Sur les 18050 jeunes garçons dépistés dans la tranche 15-19 ans, 154 ont été déclarés positifs pour un taux de séropositivité de 0,85% et 104 mis sous traitement Arv. Concernant le sexe féminin, sur les 1269 enfants âgés de 5 à 9 ans testés, 36 ont été déclarés positifs au VIH, pour un taux de séropositivité 2,84% et 32 mis sous traitement Arv. Sur les 6200 filles testées dans la tranche 10-14 ans, 69 ont été confirmées positifs au VIH, pour un taux de séropositivité de 1,11% et 46 mis sous traitement Arv.

Dans la tranche 15-19 ans, sur les 43369 jeunes filles dépistées, 847 ont été déclarées positifs au VIH pour un taux de séropositivité de 1,95% et 685 mis sous traitement Arv. « En comparant la prise en charge des jeunes infectés par cette pandémie ces deux dernières années, on constate que les taux de mises sous Arv pour les tranches d’âge 10-14 ans et 15-19 ans ont régressés entre 2019 et 2020. Ceci pourrait s’expliquer par le fait que les jeunes ne soient pas suffisamment sensibilisés quant à la prise en charge du VIH et même du fait que certains d’entre eux ont encore peur et refusent même leur statut sérologique », constate Dr Mbella Mpay Stéphane.

15598 malades sous traitement ARV

De 2017 jusqu’à ce jour, la région de l’Est compte de manière globale 15598 malades sous traitement ARV et plus de 500 cas de décès enregistrés. Le département du Lom-et-Djèrem occupe la tète du classement à l’échelle régionale du fait de son importance démographique, suivi du Haut-Nyong, de la Kadey et de la Boumba-et-Ngoko. Cette pandémie a tendance à se féminiser avec un taux de prévalence de 24,3 chez les travailleuses de sexes et 37,2% chez les hommes. La population carcérale en souffre également à 3,96%. De manière globale, le taux de prévalence chez les femmes est de 5,6% contre 2,3% chez les hommes. Sur le plan national, l’Est occupe le deuxième rang après le Sud du pays avec un taux de prévalence de 6,3%.

Selon les spécialistes de la santé publique, plusieurs facteurs favorisent l’augmentation des cas de contaminations de cette pandémie. Tout d’abord, la présence massive des réfugiés centrafricains dont les filles et les femmes se livrent à une prostitution de survie. Il y a le passage des corridors Douala-Ndjamena et Douala-Bangui qui ont développé le commerce sexuel avec les camionneurs ; l’exploitation des ressources minières et forestières et la présence des chantiers structurants tels que la construction du barrage de Lom-Pangar et projet Pipeline Tchad-Cameroun qui ont fait des ravages dans certaines localités.

Ajouter à cela la pauvreté ambiante et la sous-scolarisation. Désœuvrés, abandonnés à eux-mêmes ou attirés par la recherche du gain facile, des milliers de jeunes se livrent à l’alcoolisme et une vie de débauche. Pour essayer de renverser la courbe de séropositivité, le ministère de la Jeunesse et de l’éducation civique (Minjec) en partenariat avec Fond des nations-unies pour l’enfance (Unicef) appui certaines organisations à base communautaire et associations locales engagées dans la lutte contre VIH/Sida dans le cadre du projet Initiative Jeunes+3 qui a pour but de mobiliser les adolescents et les jeunes pour le changement de comportement à travers les causeries éducatives et des séances de dépistages aux IST et VIH/Sida. Les collectivités territoriales sont aussi impliquées dans ce projet.

Ange-Gabriel OLINGA BENG à l’Est

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