Vih-SIDA : Le nombre de nouvelle infection progresse de 26,2 % chez les enfants

Si le Cameroun se réjouit d’une baisse de nouvelles infections dans la population générale, la situation chez les jeunes de moins 15 ans inquiète.  Après une baisse en 2019, 31481 contre 33 183 en 2018, le nombre des enfants vivant avec le Vih-Sida est estimé à 34 554 en 2020.

Kennedy, un adolescent vivant avec le Vih depuis sa naissance, peine à honorer ses rendez-vous à l’hôpital de district de Bonassama. Le jeune homme de 14 ans, rencontré à Bonaberi dans l’arrondissement de Douala 4e était attendu le 13 novembre 2021 pour renouveler son stock d’antirétroviraux (ARV).  Mais, il n’y est pas allé pour des raisons financières, dit-il. C’est finalement le 10 décembre, qu’il s’y est rendu. « Je vais très bien, soutient-il, pour justifier son manque d’assiduité dans sa prise en charge. Les médicaments me fatiguent et me font mal au ventre », décrie Kennedy.

Kennedy n’est malheureusement pas un cas isolé. Avec la crise d’adolescence, relève le Dr Marthe-Liliane Mbenoun, Médecin-infectiologue, coordinatrice Centre de traitement agrée CTA-VIH-Hépatites de l’Hôpital Laquintinie de Douala, les adolescents ont un problème de l’observance du traitement, et parfois, de la connaissance même de leur statut. « Malheureusement, ce sont des enfants, qui demain seront adultes, donc, on est obligé de mettre toutes les stratégies en place pour les accompagner et pour qu’ils vivent normalement leur séropositivité », affirme ce médecin.

L’Hôpital Laquintinie compte environ 350 enfants infectés sur les 5 200 patients enregistrés, avec près de 60 exposés qui sont en attente de leur diagnostic définitif. D’après le rapport d’analyse épidémiologique 2020 du Comité régional de Lutte contre le Sida pour le Littoral, le taux de séropositivité dans la région est de 7,74% chez les enfants de 10-19ans. Les garçons de cette tranche d’âge sont plus touchés que les filles avec un taux de séropositivité de 1,03%. S’agissant de la tranche d’âge de 20-24 ans, les filles sont beaucoup plus infectées que les hommes, soit 2,16%   contre 1,65%, pour un taux de séropositivité global de 2,02%.

A en croire Steve Ndeutou, Coordonnateur de l’Association camerounaise pour l’éducation sexuelle des adolescents (ACESA) dans le Littoral, — une organisation de la société civile, créée en 2009, qui éduque et sensibilise les jeunes non scolarisés sur la séxualité et le Vih-Sida—  la prise en charge des adolescents est aussi handicapée par l’acceptation de leur statut. Une situation qui peut expliquer le nombre croissant de jeunes infectés à l’échelle nationale. En effet, au Cameroun, si on observe une baisse de nouvelle infection dans la population générale, de 54,7% entre 2010 et 2020, la maladie reste inquiétante chez les enfants de moins de 15 ans après la baisse observée depuis 2010.  C’est du moins ce qui ressort de l’analyse du rapport annuel 2020 du Comité national de lutte contre le Sida (CNLS).

Pour cette tranche d’âge, résume le CNLS, malgré les bons résultats précédemment obtenus, le nombre de nouvelles infections entre 2019-2020 a connu une hausse de 26,2%, passant de 3 308 à 4 482. Seulement pour 2020, le nombre de personnes vivant avec le VIH (PVVIH) au Cameroun était de 496 506 parmi lesquels 34 554 enfants de moins de 15 ans et 329 334 femmes. Chez les moins de 15 ans, le taux de PVVIH a augmenté de 7,0% contre 6,2% en 2019.

Pourtant régulièrement sensibilisés, ces jeunes ont la mauvaise habitude de délaisser leur traitement parfois par simple fantaisie. « Nous devons encadrer ces enfants permanemment pour qu’ils n’abandonnent leur traitement », conseille Dr Marthe-Liliane Mbenoun. Chez les plus petits, moins de 5 ans, l’assiduité dans le traitement diffère d’un parent à un autre, en fonction de la perception que ce dernier a de la maladie.  Pour la simple raison qu’elle ne voulait pas dépendre de son traitement, Jeanice, une mère séropositive de 36 ans a du jour au lendemain abandonné son traitement antirétroviral (TARV) tout comme celui de son fils de 4 ans.

Pendant un an, cette veuve sous ARV depuis bientôt dix ans, a interrompu son traitement, parce que, les effets secondaires étaient selon elle insupportables. « Entre les pertes de mémoires répétitives, changement de teint, perte de poids et apparition des boutons sur la peau, j’avais vraiment du mal à trouver mon équilibre. Même mon fils avait les boutons. Quand j’ai abandonné ses boutons sont finis », affirme la patiente du stade 1. Depuis 6 mois cette mère a repris les consultations à l’hôpital de district de Bonassama. Cependant, le suivi de son fils préoccupe.  « Il ne suit pas bien son traitement, il n’aime pas son remède parce que c’est amer. Il est très sage, même si je mets dans le repas, il va refuser, pourtant il prend normalement tous les autres médicaments », confie-t-elle.

Dans la région du Littoral, le nombre total de PvVIH sous TARV est passé de 59 044 en janvier 2020 à 61 606 en décembre 2020, soit une croissance globale de 4,3%. La file active entre janvier et décembre 2020, indique le rapport du CNLS régional, présente une tendance croissante malgré une petite baisse entre mars et mai puis septembre 2020. Au niveau national, le nombre d’enfant de moins de 10 ans placé sous TARV a chuté de 34,2% en 2019 à 32,9% en 2020. Cependant, les choses pourront s’améliorer avec la nouvelle molécule déjà disponible au Cameroun, à en croire le Dr Marthe-Liliane Mbenoun, qui a bon goût avec une prise facile.

Marie Louise MAMGUE

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