Adamaoua : Fréquentation mitigée des formations sanitaires
Source: HR-Ndéré/DataViz by ADISI-Cameroun

Depuis la survenue de la pandémie, de moins en moins des personnes fréquentent les formations sanitaires de la région de l’Adamaoua. Les populations craignent pour leur santé.

« De nos jours, aller à l’hôpital ici chez nous, c’est comme aller chercher à être gardé comme un malade de coronavirus. Nous sommes en saison sèche, il y a la grippe, mais quand tu vas à l’hôpital on va te dire que c’est la Covid-19, voilà pourquoi si ce n’est pas un cas grave, je ne pars même dans un centre de santé. D’ailleurs, je ne conseille à personne de le faire, puisque tu risques d’être taxé de malade de Covid-19 », témoigne Salamatou, habitant de la ville de Ngaoundéré. La position de cette jeune femme n’est pas un cas isolé. Ils sont nombreux les habitants de Ngaoundéré qui préfèrent désormais l’automédication en ce temps de Covid-19.

                                               Source: HR-Ndéré/DataViz by ADISI-Cameroun

Une situation qui inquiète la délégation régionale de la Santé publique pour l’Adamaoua. Face à la flambée des nouveaux cas positifs enregistrés dans la région, le délégué régional de la Santé publique pour l’Adamaoua multiplie les messages de sensibilisation pour encourager les populations de faire confiance aux structures hospitalières pour leurs soins. « Nous avons tendance de ne plus aller à l’hôpital parce qu’il y a la Covid-19, parce qu’on peut être confiné. Mais sachez que la Covid-19 est une maladie comme les autres. L’Etat a pris les dispositions pour soigner les patients et assurer leur prise en charge. Il faut aller à l’hôpital quel qu’en soit le cas, l’hôpital est là pour assister tous ceux qui ont des souffrances et les soulager », rappelle le délégué. Et d’ajouter : « Ne vous dites pas qu’en allant à l’hôpital on va forcément vous confiner, nous allons faire une bonne prise en charge, toutes les pathologies sont encore là, amener vos enfants en vaccination ainsi de suite et que les femmes enceinte aillent accoucher à l’hôpital comme ça se doit. »

Consultation

Ces conseils sont très vite battus en brèche par les populations qui voient en cette stratégie de communication une manière de les exposer à la maladie et préfèrent plus les pharmacies et même les vendeurs ambulants des médicaments. « C’est difficile de croire à ce que le délégué dit. Tout le monde craint pour sa vie. J’ai l’impression que les gens ont créé un business derrière le coronavirus. Même si tu as la simple grippe, on va dire que tu as le coronavirus parce qu’ils veulent augmenter les chiffres et montrer aux yeux du gouvernement qu’ils sont en train de bien travailler », laisse entendre Kolwé, moto taximan.

En effet, l’Adamaoua compte environ 185 formations sanitaires tout niveau confondu, dont 55 formations sanitaires privées et 130 publiques. Dans le cadre du covid-19, les hôpitaux de districts et l’hôpital régional de Ngaoundéré ont été retenus pour la prise en charge des malades. Dans ces hôpitaux, le taux de fréquentation varie en fonction des services.  Les formations sanitaires affectées à la prise en charge du Covid-19 ont connu une baisse de leurs fréquentations, tandis que celles qui n’ont pas été retenus pour la riposte ont enregistré un pic. « Je travaille dans cet hôpital depuis plus de 10 ans en qualité d’agent de santé communautaire et mobilisateur de terrain. La fréquentation de l’hôpital de Sabongari a plutôt connu une hausse par rapport aux dernières années. Pour les femmes enceintes, on reçoit en moyenne 35 femmes par jour. On n’a pas un chiffre statique. Tout dépend du service. La covid-19 n’a pas trop influencé sur nos activités. C’est plus les hôpitaux de district qui souffrent de la pandémie. Beaucoup de malades les désertent pour venir ici », avance Souman Yadji, en service au centre de santé intégré de Sabongari, dans le district de santé de Ngaoundéré urbain.

Au centre régional d’imagerie médicale de Ngaoundéré, une source a confié que les consultations ont varié depuis le début de la pandémie. « La fréquentation est presque la même, une trentaine de malades pour les examens d’échographie et une dizaine de radiographie en moyenne. La fréquentation avait baissé quand la Covid-19 était arrivé l’année dernière à cause de la psychose, mais quatre mois après les patients revenaient comme à l’habitude. Même maintenant, nous recevons normalement les patients », confie un médecin de ce service.

Au service dentaire de l’hôpital régional de Ngaoundéré, les réalités sont quasiment les mêmes. « De septembre 2020 à nos jours, nous connaissons une augmentation de nos chiffres en consultations dentaires, puisque ce service ne nécessite pas d’être automatiquement passé par l’accueil où est positionné un dispositif de prélèvement du covid-19 », relate sous anonymat un personnel. Par contre, à la santé de reproduction, les fréquentations ont connu une baisse.

Ici, on est passé de 65 consultations en février 2020 à 18 patients reçus en février 2021. L’hôpital de district de Dang, après la psychose des premiers cas de la maladie, se trouve aujourd’hui, envahi par les patients, surtout les femmes enceintes. « Nous enregistrons en moyenne 20 à 22 accouchements par jour. La preuve, tous les lits des malades sont occupés. Nous avons connu une période de basse fréquentation avant de voir nos chiffres remonter, ceci grâce aux actions de sensibilisation. Nous privilégions plus les mesures barrières. Les patients qui doivent faire des examens sont ceux qui subissent les tests du covid-19, après une séance de counseling », explique Dr. Bilong, directeur de l’hôpital de district de Dang.

Jean BESANE MANGAM

Travaux réalisés pour le cadre du projet “Data and Check Covid-19” avec l’appui de l’AFD, Expertise France et CFI dans le cadre du PAGOF

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