Agriculture : A l’Ouest, les agripreneurs démystifient la culture des « pommes de France »
Un pépiniériste prenant soins des jeunes pommiers dans son jardin à Bafoussam à l'Ouest.

Agriculture : A l’Ouest, les agripreneurs démystifient la culture des « pommes de France »

Bien qu’encore à l’étape embryonnaire, les agriculteurs ont réussi à produire ce fruit comestible dans cette région du Cameroun. A long terme, l’essor de cette spéculation va contribuer à la baisse des importations, estimés à près de 4,1 milliards de F Cfa en 2022 La culture des pommes de France au Cameroun.

« J’ai engagé cette aventure par curiosité. Aujourd’hui, je me réjouis du résultat obtenu », se confie René Nopa, un jeune entrepreneur agricole à l’Ouest. Depuis 2018, cet agripreneur s’est engagé dans la culture de pommes, communément appelées « pommes de France » au Cameroun. Une prouesse pour ce jeune installé à Kiéneghang, un village de l’arrondissement de Galim, dans les Bamboutos, région de l’Ouest, qui attise les convoitises.

Dans la cour de son domicile, deux pommiers sont visibles. Selon cet agriculteur, ces arbres ont été obtenus à partir des graines à germer. Dans un processus qui exige une technique particulière et de nombreuses précautions, il a réussi à développer 15 plants. Malheureusement, justes 2 plants repiqués ont résisté après le passage de la pluie La culture des pommes de France au Cameroun. Ce résultat selon lui, a dissipé les doutes quant à la possibilité de faire pousser le pommier au Cameroun, d’où l’appellation « pomme de France ».

 En 2021, René a réalisé sa première récolte. « J’ai eu deux seaux de 15 litres par pommiers. Je les ai livrés à un client à Mbouda (une Commune des quatre collectivités locales du département des Bamboutos) à raison de 15 000 F Cfa le seau. Actuellement, la récolte a considérablement triplé », note-t-il.  Le résultat de trois années d’efforts et d’apprentissage.  « Les pommiers produisent deux fois par an La culture des pommes de France au Cameroun. Il faut lui apporter des fertilisants et des insecticides », conseille René. Après la phase expérimentale, « je continue cette aventure sur un espace de 500 m2 avec 50 plants mis en terre en 2021. Les premiers fruits sont déjà attendus », se réjouit-il.

La culture des pommes de France au Cameroun Une niche pour les pépiniéristes

Avec le nombre croissant des producteurs de pommes dans la région de l’Ouest, certains jeunes agripreneurs se sont lancés dans la création des pépinières. A l’instar de Giresse Paulin Ngoufo, un ingénieur agricole qui reproduit la variété venue de Chine. « Nous ne retenons que des semences en pépinières. Néanmoins, nous produisons déjà des fruits de pomme de Chine en champ La culture des pommes de France au Cameroun. La production de la pomme en provenance de France dans nos exploitations est encore en étude », affirme ce jeune pépiniériste. Dans sa pépinière, des pommiers développés à partir des graines sont vendus à 10 000 F Cfa l’unité. Les fruits de cette pépinière sont baptisés « des pommes de Baleveng » dans la Menoua.

Comme lui, Joseph Chrétien Talla, pépiniériste à Bafoussam, chef-lieu de la région de l’Ouest dispose dans son jardin, près de 50 pommiers. « Ces plants greffés sont vendus à 15 000 F Cfa. Avec cette méthode, un an après le repiquage, elles vont donner les fruits », précise-t-il. Une technique expérimentée en 2022, qui a permis de produire plus de 200 plants en pot La culture des pommes de France au Cameroun.  Le processus de germination, explique ce pépiniériste, met assez long et nécessite beaucoup de précaution. Des exigences qui expliquent le coût élevé des jeunes pommiers. « Si ce processus n’est pas respecté, le pommier donnera des fruits après plus de 3 ans. Nous travaillons d’ailleurs pour vulgariser cette culture dans la région », ajoute Giresse Paulin Ngoufo.

Selon Jules Richard Yossa, en service à l’antenne de l’Institut de la recherche agricole pour le développement (Irad) de Dschang, « aucune recherche n’a encore été faite sur la semence des pommiers dans cette institution agricole ». Cependant, il indique que les « premiers pommiers ont été développés dans la ville de Dschang en 1986 La culture des pommes de France au Cameroun. Dès lors, aucune autre information sur la culture de ces fruits dans cette localité ».

Toutefois, relève Blandine Takoudjou, déléguée d’arrondissement de l’Agriculture et du développement rural (Daader) de Dschang, la phase expérimentale de la culture des pommes est une réalité dans cette circonscription administrative La culture des pommes de France au Cameroun. « Nous avons des jeunes entrepreneurs qui s’intéressent à cette culture. Mais, à notre niveau, nous n’avons aucune donnée sur le nombre de producteurs et des quantités produites », précise-t-elle.

Les pommes produites au Cameroun © Ferme biologique de Lolodorf
Les pommes produites au Cameroun © Ferme biologique de Lolodorf

Absence de données

Dans la même logique, Arsène Sopgwi, chef service régional de développement local et communautaire (Dlc) à la délégation régionale de l’Agriculture et du développement rural (Minader) de l’Ouest fait savoir qu’il a été « signalé la culture des pommes dans la Menoua et un peu dans les Bamboutos. Nous n’avons pas encore des données à ce sujet ». Selon lui, il faut que les données soient collectées en termes de superficies et de quantités produites chaque année sur cette spéculation pour pouvoir concevoir une base de données. « Il faut qu’elle soit déjà un peu importante en termes de production La culture des pommes de France au Cameroun. Pour l’instant, cette spéculation est encore à sa phase expérimentale. Donc, Nous n’avons pas encore évalué parce que c’est encore marginal ».

Arsène Sopgwi reconnaît par ailleurs que « les conditions climatiques de l’Ouest favorisent le développement des pommiers, un climat porche de celui de l’occident où cette culture est assez développée ». Une description soutenue par Stève Fezeu Kadje, producteur de ce fruit depuis deux ans à Bandenkop dans le département des Hauts-Plateaux. Bien qu’encore en phase d’expérimentation, a-t-il précisé, le pommier reste un arbre polyvalent. Par conséquent, il n’a pas toujours besoin de conditions optimales pour se développer, argue-t-il.

A en croire Samuel Nguedia Ngougni, un pomiculteur installé à Dschang, la vulgarisation de la pomiculture est handicapée par l’absence d’une stratégie et politique agricole pouvant booster son essor tant au niveau régional que national. Car, soutient-il, le développement de cette filière contribuera à réduire les importations. « J’ai eu l’occasion de consommer les pommes produites à Dschang. Je puis vous assurer qu’il y a aucune différence en termes de goût. Au contraire, les nôtres sont plus fraîches et naturelles. Elles n’ont pas été manipulées comme celles qui sont importées », témoigne Flaubert Sonkwa, un consommateur.

La culture des pommes de France au Cameroun Importation

Cependant, Jean Daniel Teyangam, un fournisseur de pommes importées, pense que l’impact de la production locale sur les importations n’est pas encore assez perceptible, malgré l’engouement des producteurs. « Certains détaillants commercialisent déjà les pommes produites localement. Mais avec la demande de plus en plus croissante, nous ne ressentons pas encore son impact sur le marché local », affirme ce grossiste. Mais, analyse-t-il : « d’ici 5 à 10 ans, il y aura une production locale importante qui va contribuer à réduire les importations ».

Évoquant les difficultés liées à la vulgarisation de cette filière, le Dr. Boris Wenda, économiste agricole, pense que « le problème se pose à plusieurs niveaux et les plus pertinents étant la compétitivité prix et qualité vis-à-vis des pommes importées et l’absence de mesures d’accompagnement ou de promotions des produits made in Cameroon ».

Selon Jean Daniel Teyangam, les pommes vendues au Cameroun proviennent principalement de l’Afrique du Sud. Ce pays est 3ème producteur et exportateur de pommes en 2020 selon FranceAgriMer. Le Cameroun, rapporte l’Institut national de la statistique (Ins), a importé 18 728 tonnes de pommes en 2022. Ces importations représentent une dépense totale de 4,1 milliards de F Cfa selon cette institution.

Des importations qui contribuent à creuser la balance commerciale du Cameroun pourtant doté d’un potentiel agricole enviable. « En réalité, ce secteur pourrait booster l’économie en termes de création d’emplois à travers le développement des différents maillons de la filière et aussi améliorer la balance commerciale en entrainant une baisse des importations tout en permettant d’économiser des devises qui se font rares », souligne l’économiste agricole.

Selon les données publiées par Statista Research Department, en février 2023, la Chine, les Etats-Unis, la Turquie et la Pologne sont les premiers pays producteurs de pommes au monde en 2021.

Aurélien Kanouo Kouénéyé

Leave comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *.