Victimes d’un glissement de terrain le 29 octobre 2019, à Ngouache à Bafoussam, dans la région de l’Ouest, les rescapés qui attendent d’être recassés, vivent dans l’angoisse et la précarité.

Un flanc de montage recouvert de gravas, des blocs de terre et de bétons jonchent le sol, des marches d’escaliers creusées sur la pente, indiquent les efforts autrefois accomplis par les hommes pour apprivoiser et habiter la montagne. Par endroit, les profondes traces d’énormes dents de pelleteuses rappellent les fouillent des corps qui ont été effectuées sur le site, de même qu’un ruban de sécurité encore étendue sur le côté gauche pour interdire l’accès.

Sur le sol, quelques gerbes de fleurs funèbres couronnent ce tableau, du sentiment de tristesse qui marque les lieux. Une banderole encore dressée sur deux piquets plantés au pied de la montagne, renseigne suffisamment, sur le drame survenu il y a deux mois. On peut lire entre autres : « Quittons les zones à hauts risques », « Je suis Ngouache ».

Ce sombre tableau, est ce qui reste de Ngouache bloc 6, dans l’arrondissement de Bafoussam 3e dans la région de l’Ouest-Cameroun, devenu tristement célèbre, après la catastrophe naturelle, survenue dans la nuit du 28 Octobre au 29 octobre 2019, et qui a fait 43 morts. Un drame qualifie de « glissement de terrain », par une mission du ministère de la recherche scientifique et une équipe de chercheurs de l’Université de Dschang.

 Un Phénomène presqu’inévitable, selon le Pr David Nkouathio, eu égard à la saturation du sol par les eaux des pluies. « Il s’agit des sols très épais. Nous les avons mesurés, les altérites ont 6 m et les pentes sont d’environ 35 à 40 mètres. Là, ce sont les facteurs de prépondérance, alors que le facteur déclencheur est la pluie. L’eau qui a saturé le sol, l’a fait passer de l’état solide à l’état liquide. A ce moment-là, le sol glisse. Avec l’accumulation des eaux au fil des années, s’il y avait un géologue, il aurait pu voir des fissures constituant des signes annonciateurs. C’est un phénomène naturel. Il s’agit des zones à risque » affirme le géologue, enseignant à la faculté des sciences de l’Université de Dschang.

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Initialement, le glissement de terrain a englouti une dizaine de maisons, mais le site étant clairement identifié comme zone à risque, une mission interministérielle a recommandé au lendemain de la catastrophe, que les habitations voisines soient détruites, afin de prévenir la survenue d’un autre glissement mortel.

Au total, 147 familles ont été déguerpies de Ngouache et leurs maisons démolies. Une journée nationale de deuil a été observée par la nation. Des obsèques officielles ont été organisées à la place des fêtes de Bafoussam, présidées par le Premier Ministre, chef du gouvernement, représentant du chef de l’Etat qui au lendemain du drame a ordonné en faveur des sinistrés, le déblocage d’une aide financière de 200 millions F CFA relevant du compte spécial pour les catastrophes. La moitié de cette aide a été accordée aux familles endeuillées et l’autre partie destinée au recasement…

Cependant ces survivants ne sont toujours pas recasés. Même si l’Etat leur a octroyé des titres d’attribution de parcelle de terrain. Ils doivent désormais attendre que les contentieux liés au terrain soient vidés, principalement le dédommagement des propriétaires pour pouvoir exploiter le site. En effet, le site de « Loumgouo-Latsit » à Bamougoum (situé à la périphérie de la ville de Bafoussam) déclaré d’utilité publique le 30 janvier 2018, fait l’objet d’un litige foncier depuis des années. Une situation qui retarde le recasement effectif des victimes de Ngouache, qui par ailleurs n’approuvent pas le plan de construction sur le nouveau site délivré par le gouvernement. 

Philipe MALONG à Bafoussam