Estimés entre 50.000 à 100.000, dont environ 0.4% de la population de la région de l’Est, les Baka pour la plupart dépourvus des actes d’état civil vivent exclus de la société.

Rodrigue Olinga de la chefferie Baka du village Mayos dans l’arrondissement de Dimako, département du Haut-Nyong à l’Est, la trentaine révolue ne dispose d’aucune pièce officielle. Ni un acte de naissance encore mois une carte nationale d’identité (CNI). Son frère, Daniel Kokolo, âgé d’environ 20 ans est dans la même condition. « Avant, nos parents n’avaient pas la culture de l’acte de naissance jusqu’à l’arrivée des ONG comme APPEC et Plan Cameroon qui ont sensibilisé les populations sur l’importance d’établir un acte de naissance et la CNI », expliquent ces deux individus.

Malheureusement, depuis les différentes campagnes de sensibilisation de ces organisations, les choses n’ont pas évolué puisque la quasi-totalité des Baka de Mayos, environ 300 contre 50 Bantou, ne disposent toujours pas des actes d’état civil. « La principale difficulté que nous rencontrons c’est d’abord l’absence d’un secrétaire d’état civil à Mayos et ensuite la pauvreté. Dans l’école publique Baka qui enregistre environ 140 élèves cette année, aucun enfant ne dispose d’un acte de naissance », regrette Justine Lubala, parent d’élève. Mère de 5 enfants, elle et toute sa progéniture n’ont aucune pièce officielle.

Les jeunes Baka sont aussi pour la plupart déscolarisés. « Dans les 12 écoles primaires publiques de Ngoyla, le taux de fréquentation des enfants Baka, varie puisqu’à la rentrée, ils viennent à l’école mais disparaissent avant la fin de l’année », déplore Pierre Goangue Goangue, Inspecteur d’arrondissement de l’Education de base de Ngoyla, localité située au Sud-Est du département du Haut-Nyong à l’Est. En plus de l’absence des infrastructures adaptées, les parents préfèrent envoyer leurs enfants à la chasse, à la cueillette ou travailler dans les plantations des Bantou.

Marginalisation

Estimé entre 50.000 à 100.000 dont environ 0.4% de la population par des ONG, le peuple Baka n’a pas accès aux documents de citoyenneté et se considèrent comme victime d’une « marginalisation ». « Il y a beaucoup d’opportunités, parfois de travail qui se présentent au village mais personne ne peut en bénéficier à cause du manque de pièces officielles. Nous ne sommes pas reconnus par l’Etat », regrette Daniel Kokolo. Les enquêtes menées conjointement par l’Association OKANI qui travaille pour la Promotion des droits légaux et humains des peuples de la forêt basée à Bertoua, le Forest peoples programme et le Navigateur autochtone dans le cadre de la plateforme « Gbabandi en 2018 » sont alarmantes.

Dans les arrondissements de Ngoyla, Abong-Mbang, Lomié, Messok, Yokadouma et Moloundou, 69% des enfants de moins de 5 ans n’ont pas été déclarés à la naissance et ne fréquentent pas. Par ailleurs, 47% des adultes ne possèdent pas de certificat valide de nationalité (ce taux est plus élevé chez les femmes) tandis que 35% ne peuvent pas voter.

Ceci s’explique par une panoplie d’obstacles liés à   l’obtention des actes d’état civil. Dont entre autres :   la majorité des naissances ont lieu dans la forêt et non à l’hôpital, les distances à parcourir pour atteindre les bureaux d’état civil sont longues, le taux d’analphabétisme est élevé, les procédures pour l’obtention des actes de naissances, CNI et carte électorales sont compliquées, les coûts associés à la déclaration des naissances et l’obtention des documents sont inabordables, les traitements discriminatoires et l’obtention d’un acte de naissance qui est complexe à l’âge adulte. « Comme conséquences, leurs possibilités de déplacement en dehors de la communauté sont limitées, ils sont fréquemment victimes du harcèlement et d’intimidation, ne peuvent pas dénoncer un crime, et n’ont pas accès à un emploi officiel », relève cette enquête. 

Sensibilisation

Les activités du Programme d’appui à la citoyenneté active (PROCIVIS) mises en œuvre depuis le début de l’année 2020 par l’Association OKANI dans 07 Communes avec l’appui de l’Union européenne visent d’abord la sensibilisation des Baka sur l’importance des pièces officielles et l’établissement de 2000 actes de naissance aux enfants Baka par déclaration directe.

Selon son coordonnateur, Venant Messè, (lui-même Baka), « des tournées de sensibilisation des communautés cibles et des rencontres avec les autorités administratives, municipales et judicaires ont été organisées à cet effet ». Les facilités seront mises sur pied, à en croire Jean Richard Allo, maire réélu de la Commune de Moloundou, pour les jugements supplétifs pour l’établissement de 4500 actes de naissance aux enfants vulnérables et même les vieillards.

Dans le cadre de ses missions de protection et de promotion des personnes socialement vulnérables, le ministère des Affaires sociales (MINAS) travaille avec ses partenaires sur la protection des droits de ces populations autochtones. Parmi ces partenaires, « le Programme d’appui à la réforme de l’éducation au Cameroun (PAREC) entré en vigueur le 26 juin 2019 dans le cadre de la coopération Cameroun-Banque mondiale ».

Ce projet prend en compte les besoins des populations autochtones et vise à réduire la pauvreté et à promouvoir un développement durable, qui respecte pleinement la dignité, les droits humains dont leur accès à la citoyenneté.

Par Sébastian Chi Elvido à Bertoua

 

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