Consommation : Au Cameroun, le niveau général de prix progresse de 9,2% en 5 ans
Taux d'inflation par ville en 2021

Depuis 2018, les prix des produits alimentaires ne cessent de grimper, avec une inflation qui est passée de 1,8% à 4,3% en 2021. Une situation qui a atteint des proportions inquiétantes selon l’association des consommateurs et qui expose le pays à une autre « émeute de la faim ».

Au marché New-Deido, dans l’arrondissement de Douala 1er, le prix du litre de l’huile de palme brute a presque doublé en moins de trois mois. « Même les grossistes ont augmenté le prix », témoigne Yvonne une revendeuse. Pourtant produite localement, cette quantité est passée de 600 F Cfa, à 800 à décembre 2021 et à 1000 depuis janvier 2022. « Le prix est non négociable. Chez certains commerçants, le litre coûte 1100F Cfa », déplore Blandine une prestataire de service.

Avec un budget de 10 000 F Cfa, cette femme d’une quarantaine d’année a dû réduire la quantité de certaines denrées à cause de leur coût. « Je n’ai plus acheté les tripes de bœufs, le kilogramme coûte désormais 2 3 00 F Cf au lieu de 2000 F Cfa. A la place, j’ai pris trois poissons fumés à 500 F Cfa, le reste de cette somme je vais compléter le riz, l’argent de l’huile rouge et des arachides. Je n’ai vraiment pas de choix, je dois me contenter de l’essentiel pour ne pas rentrer avec le sac vide, pour que les enfants puis avoir au moins de quoi manger. J’ai pensé au macabo, mais il est trop cher, 5 moyens à 500 F Cfa », explique cette mère d’une famille de 5 personnes.

A l’instar de Blandine, près de 5 consommateurs rencontrés dans le cadre de ce reportage ont développé des stratégies, juste pour avoir de quoi manger. « Pour l’instant, j’ai supprimé entre autres, le poisson frais, la banane, le macabo, de ma liste jusqu’à ce que la situation s’améliore. Je prends le riz et la patate que je varie de temps en temps pour que nous puissions manger », souligne Chantal Mintchie, une ménagère.

A Douala, comme dans tout le pays, les consommateurs ne savent plus à quel Saint se vouer. « On parle et reparle de l’inflation au Cameroun qui a atteint des proportions inquiétantes, malgré les points de vue divergents. Depuis belle lurette, les Camerounais n’ont jamais vécu la situation que nous vivons aujourd’hui.  C’est pourquoi on s’achemine encore vers les émeutes de 2008 qui était les émeutes de la faim », dénonce le président de la Chambre Nationale des Consommateurs du Cameroun (Cnacoc), Calvin Nya.

Crise sanitaire

Les données de l’Institut national de la Statistique (INS), dans son rapport sur « l’Evolution de l’inflation au Cameroun de 2016 à 2021 », montrent qu’en 5 ans, le niveau général de prix au Cameroun a progressé de 9,2%. L’inflation des produits alimentaires s’élève en 2021 à 4,3%. Cette tendance inflationniste est principalement influencée par les prix des produits alimentaires, suivi des articles d’habillement et chaussure, et du logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles. « La crise sanitaire est venue amplifiée une situation qui était latente. D’ailleurs à mon sens, elle n’était pas latente, elle était devenue patente », soutient l’économiste, Dr Jean-Marie Biada.

Les prix des produits alimentaires ont connu d’après l’INS, une hausse de 3,6 % en 2020, 2,9% en 2019, 1,2% en 2018 et une stabilité en 2017. En 2021, cette hausse est principalement tenue par les prix des pains et céréales, des légumes, des viandes, des huiles et graisses ainsi que des poissons et fruits de mer. Cette flambée des prix des denrées alimentaires a considérablement impacté le taux d’inflation au Cameroun, même s’il n’a pas évolué. Il est de 2,3% en 2021, contre 2,5% en 2020.

A en croire la Cnacoc les responsabilités sont partagées face à la vie chère au Cameroun.  Les principaux protagonistes, dit-elle, ne s’accordent pas. « Il n’y a pas de dialogue, ni de centre d’écoute, ni de cohésion sociale entre l’Etat qui est le régulateur et les opérateurs économiques, et même les consommateurs parce qu’ils sont plongés dans une passivité », renchérit-il. Pour sortie de cette crise, propose Dr Jean-Marie Biada, l’Etat doit, entre autres, miser sur la production locale et crée des capitaines d’industrie.

Cependant, redoute l’association des consommateurs, la situation dans les marchés ne pourra pas s’améliorer de sitôt. « La situation de 2008, il faut la craindre parce que, quand on touche à n’importe quel secteur, il y a une augmentation des prix. L’Etat lui-même a augmenté les coûts de ses prestations », affirme l’économiste. On se souvient en effet, qu’en 2008, un violent mouvement de contestation qualifié d’« émeute de la faim», débuté à Douala, s’est propagée dans les autres villes du pays avant de se généraliser.

Marie Louise MAMGUE

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