Covid-19 « Il existe plusieurs types de tests dont aucun n’est fiable de manière totale et absolue »
Dr Moulion Tapouh

Dr Moulion Tapouh, membre du Conseil de l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC) fait une appréciation de la situation de la pandémie et du déploiement du corps médical. Pour l’ONMC, cette pandémie permettra de déceler les failles éventuelles dans les mécanismes de riposte et de les améliorer.

Dans quel état d’esprit, les médecins vivent cette période de crise sanitaire, surtout en ce moment où le pays enregistre un nombre important de personnes contaminées, plus de 14 mille cas ?

Les médecins vivent cette épidémie avec courage et abnégation. Aucun médecin n’a reculé devant le danger et plusieurs, auquel nous rendons un hommage appuyé, ont perdu leur vie dans le combat. L’épidémie de covid-19 est venue rappeler à tout le monde la gravité des missions que remplissent au quotidien les professionnels de la santé et à quel point les prendre pour cible de leur hargne est malencontreux.

Qu’est-ce qui peut expliquer cette hausse considérable de cas confirmés, avec toutes les mesures barrières qui sont pourtant édictées ?

Les raisons sont nombreuses. D’abord, il est normal dans la courbe d’évolution de toute épidémie qu’il y ait une augmentation des cas pendant une certaine période. Nous n’étions probablement pas encore sortis de cette phase de croissance naturelle. Par ailleurs, le simple fait d’édicter des règles ne suffit pas pour en garantir la compréhension et la stricte application. Le travail de sensibilisation doit être permanent, afin d’amener la population à apprendre à vivre avec l’épidémie, sans relâcher les mesures barrière.

Certains patients émettent des réserves sur les résultats des   tests, parfois différents d’une formation sanitaire à une autre.  Que dites-vous au sujet de la fiabilité des tests ?

Tout d’abord, il existe plusieurs types de tests dont aucun n’est fiable de manière totale et absolue. Ces examens ne doivent être faits que par des spécialistes de la question, qui en connaissent les limites éventuelles et savent exactement les interpréter. Nous déplorons ici le commerce macabre qui s’est installé dans la réalisation de ces tests avec des instruments de qualité douteuse entre les mains de personnes non averties, ajoutant ainsi la confusion dans l’esprit des populations.

L’Oms relève dans son rapport sur la situation du Covid-19 au Cameroun, qu’il y a un « Faible niveau de prévention et de contrôle des infections dans les structures sanitaires en général », « une insuffisance de kit de prise en charge » … Quelle lecture l’Ordre fait de la stratégie de lutte contre la Covid-19 dans les formations sanitaires ?

Cette épidémie est un choc sans précédent dans l’histoire contemporaine de notre système de santé. Nous apprenons tous de cette maladie et en tirerons pendant longtemps encore des leçons utiles pour l’avenir. Des efforts sont en train d’être fournis pour améliorer le plateau technique des hôpitaux et renforcer le personnel sur le plans qualitatifs et quantitatifs. Ces initiatives doivent être maintenues même en dehors de l’épidémie pour que notre système de santé soit en permanence prêt à faire face à toutes les défis

 Les plaintes du personnel soignant sur leur condition de travail sont récurrentes, notamment la qualité du plateau technique qui n’est pas assez sécurisante, la disponibilité des primes pour certains, la formation des soignants dans le cadre de la pandémie… Est-ce qu’il y a des initiatives entreprises par L’ONMC auprès du gouvernement dans la logique d’améliorer la protection des soignants dans l’exercice de leur profession dans le cadre de cette pandémie ?

L’ONMC a entrepris diverses initiatives. Notamment  un dialogue permanent avec le Ministère de la Santé publique (MINSANTE) sur la gestion de l’épidémie et plaidoyer constant pour le renforcement des compétences et du plateau technique dans les formations sanitaires ; la propositions pour la formation des professionnels de la santé à l’utilisation des Equipements de Protection Individuels (EPI) en contexte d’épidémie ;  la collecte de dons en provenance des médecins de la diaspora pour offrir des EPI aux professionnels de la santé en première ligne dans la lutte contre l’épidémie.

On a par ailleurs assisté à certaines attitudes peu professionnelles des professionnels de la santé dans le cadre de la prise en charge des patients du Covid-19. Quelle est la réaction de l’ONMC face à ce comportement ?

Comme toujours, même en dehors de l’épidémie, l’ONMC veille scrupuleusement au respect des règles d’éthique et de déontologie. Dans toutes nos représentations régionales, les pratiques douteuses sont traquées, et les intervenants auditionnés après enquête. Si des inquiétudes sont soulevées, ces procédures peuvent aboutir à un conseil de discipline et des sanctions. Ces procédures ne sont pas publiques, raison pour laquelle, nous paraissons parfois inertes aux yeux de l’opinion publique.

Pensez-vous qu’en l’état actuel le Cameroun dispose des moyens nécessaires pour pouvoir maitriser la pandémie ? Et comment ?

Aucun pays au monde n’était préparé à faire face à une épidémie d’une telle violence. Il ne vous aura pas échappé que même pour les systèmes de santé le plus performants, le choc a été rude. Nous devons continuer d’investir dans le capital humain et matériel de notre système de santé, éduquer et accompagner la population en faisant montre d’une grande capacité d’anticipation. Comme indiqué plus haut, l’épidémie nous permettra également de déceler les failles éventuelles dans nos mécanismes de riposte et les améliorer.

On parle de plus en plus des projets de vaccins contre le Sars-CoV-2, est-ce que le sujet est d’actualité à l’ONMC ?

Le sujet est d’actualité pour tous les acteurs du système de santé ! Notre rôle principal est d’encadrer les professionnels et d’accompagner les institutions dans la quête de ce vaccin salutaire.

Quelles sont les recommandations de l’Ordre pour le corps médical en cette période de crise ?

Nous saluons premièrement le courage et l’esprit de sacrifice que font preuve les professionnels de la santé en général face à cette épidémie. Nous rendons un hommage appuyé à ceux d’entre eux qui ont perdu leur vie en se battant pour sauver celle de leurs patients. Ils ne quitteront jamais notre mémoire mais nous espérons qu’il n’y en aura plus d’autres.  Nous recommandons aux médecins de continuer à servir avec abnégation, tout en se montrant deux fois plus vigilants dans les mesures de protection pour leur propre santé. Nous restons à leurs côtés pour les accompagner, les protéger et les valoriser pour qu’ensemble, nous puissions continuer à servir la nation.

Marie-Louise Mamgue

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