Covid-19 : la pandémie achève la banqueroute des forêts communautaires à l’Est

Sur 265 forêts communautaires dans les quatre départements, plus de 90% sont paralysées à cause du manque de partenaires technico-financiers. La situation qui s’est dégradée depuis 2020 avec la crise sanitaire, a poussé certaines gestionnaires à s’orienter vers l’exploitation illégale sans retombées à l’Etat, aux communautés et communes riveraines.

La Communautaire Active pour le Développement des Bakoun, Baka et Pol (CADBAP), une forêt communautaire (FC) située dans l’arrondissement de Dimako, dans la région de l’Est d’une superficie de 2.970 hectares n’a pas fonctionné depuis 2 ans. « On a fait deux ans, soit 2019 et 2020 sans fonctionner à cause du manque des partenaires », se lamente Onesime Ebongue Ebongue, gestionnaire de la CADBAP. Par ailleurs président de la Fédération des forêts communautaire du Haut-Nyong, il explique que « sur 150 forêts communautaires du département du Haut-Nyong, seulement 03 ont obtenu le certificat annuel d’exploitation (CAE) auprès du ministère des Forêts et de la faune à la date du 03 juin 2021 ». 

Plus loin dans l’arrondissement de Ngoyla, la forêt communautaire COVINKO 1 ne fonctionne plus depuis 4 ans selon ses membres. Ici, c’est la désolation comme l’indique Sa Majesté Samson Mengwa, chef du village Baka d’Assoumindele 2. « Les forêts communautaires ne nous ont encore rien apporté. Pas d’école, pas d’électricité encore moins un centre de santé », deplore-t-il. Dans la Kadey, le délégué départemental du MINFOF, Ndze Kedze Donatus révèle que « officiellement, la Kadey compte environ 45 forêts communautaires mais la majorité ne fonctionne pas puis qu’elles n’ont pas des partenaires et les conventions renouvelées. Depuis 2021, seulement 5 FC ont des CAE ». 

Etat des lieux

D’après la délégation départementale, le Lom-et-Djerem pour sa part compte 85 forêts communautaires pour une superficie totale d’environ 376 557 hectares. De ce nombre, seulement 18 étaient en activité en 2020. Le délégué départemental, Ombolo Tassi Engels Edding, affirme qu’en attendant la mise à jour de la situation de 2021, il est évident que moins des forêts sont fonctionnels en 2021. Aussi, dans la Boumba-et-Ngoko, un rapport de l’Ong Fusion Nature indique que sur 15 FC, seulement 6 sont en activité.

Selon un observateur indépendant des forêts, « le fonctionnement des forêts communautaires dépend des acheteurs du bois. Malheureusement, les propriétés de ce titre d’exploitation ont des difficultés pour trouver des essences compétitives sur le marché. Par ailleurs, ils ont les problèmes infrastructurels, manque d’équipements d’exploitation et difficultés d’accès dans la forêt à cause du manque des routes. Par conséquence, ils ne peuvent réaliser aucun bénéfice au cours de l’année ».

Parlant notamment du cas du Haut-Nyong, l’expert explique que « les forêts communautaires du Haut-Nyong ne se portent pas bien à cause de l’épineux problème de retard dans la délivrance des documents exigibles à cause des retards de présentation des bilans des rapports de l’année précédente par les gestionnaires indiquant clairement le pourcentage des essences exploitées au cours de l’année. Aussi, la plupart des propriétés de ces forêts n’exploite même pas 25 % de leur superficie à cause du choix d’essence du partenaire technico-financier selon les tendances sur le marché ». Il ajoute : « la majorité des forêts communautaires ont des plans simples de gestions caduques qu’ils ne peuvent plus présenter pour l’obtention du CAE et n’ont pas de moyens pour élaborer de nouveau plan de gestion qui coûte environ 3 millions F Cfa aujourd’hui à cause des inventaires géo-référentielles exigées par l’accord APV-Flegt ».

Covid-19

La situation des forêts communautaires s’est considérablement dégradée depuis 2020 avec la pandémie de la Covid-19. « La foresterie communautaire, comme les autres titres de concession forestière fonctionne avec les partenaires extérieurs qui signent des conventions de partenariat et préfinancent les activités. Donc, depuis la crise sanitaire en 2020, nous n’avons eu aucun partenaire », affirme Ebongue Ebongue. Il précise que pour le cas de la CADBAP de Dimako, « grâce à l’accompagnement de l’Ong SAILD, nous avons obtenu un financement de l’Union Européenne pour nous faciliter l’obtention du CAE pour 2021 ». Du côté de la Kadey, le délégué départemental indique qu’« à cause de la pandémie de la Covid-19, il y a eu baisse de demande du bois sur le marché international et ceci s’est traduite par l’abandon des UFA et le manque des partenaires»

Exploitation illégale

Face aux difficultés de fonctionnement, certains gestionnaires se livrent à l’exploitation clandestine. « Chaque jour, nous voyons les camions chargés du bois en direction du Grand Nord alors que les forêts communautaires ne fonctionnent pas. Ça veut dire simplement que ce bois est coupé illégalement sans aucune taxe payée à l’Etat », regret Ebongue Ebongue. Pourtant, la loi du 20 janvier 1994 portant sur le regime des Forêts, de la faune et des pêches stipule en son article 37 (3) que « les produits forestiers de toute nature résultant de l”exploitation des forêts communautaires appartiennent entièrement aux communautés concernées afin de lutter contre la pauvreté ». En plus, les ministres des Forêts et de la Faune, de l’Administration territoriale ainsi que celui des Finances ont signé en 2013, l’arreté conjoint 076, relatif au suivi de la gestion des revenus issus des redevances forestières annuelle, les forêts communales et communautaires par les communautés locales.

Solution

Comme solution, Metoul Cyriack, expert et représentant des forêts communautaires au Comité national de suivi de l’APV-Flegt (CNS) estime que pour sortir de l’auberge de la situation actuelle, « il faut autonomiser les communautés bénéficiaires de titre de forêt communautaire à être les vrais acteurs et bénéficiaires des retombées de ces forêts tel que stipulé par la loi de 1994 ». Après cette structuration, « il faut autonomiser ces communautés par la création des infrastructures économiques. A savoir le désenclavement des zones de production par l’ouverture des voies d’accès et d’évacuation des produits et l’octroi des équipements de production tel que le Lucas Mill, les tronçonneuses et les moyens de transport ». Ces initiatives devraient être prises par l’Etat et les partenaires au développement pour rendre les forêts communautaires opérationnelles.

Sébastian Chi Elvido à l’Est

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