Covid-19 : Le secteur de la volaille en baisse de près de 90% à l’Ouest
Evolution de la production de poulet au Cameroun

Alors que l’activité était déjà réduite à près de 50% du fait de la grippe aviaire de 2016, cette région du Cameroun qui est par ailleurs, le plus grand bassin de production des produits avicoles a vu ses fermes se vider à l’arrivée de la maladie à coronavirus.

Eulalie ne s’est toujours pas remise des pertes engrangées du fait de la crise sanitaire. Co-propriétaire d’une ferme non loin de Bafoussam dans le département de la Mifi région de l’Ouest, la veuve, mère de trois enfants, la quarantaine entamée dit avoir tout perdu. « Je dis que j’ai tout perdu parce que non seulement j’ai tourné à perte, mais en plus, j’ai des dettes. Des emprunts contractés pour lancer la production. Mais une fois que les sujets étaient près pour le marché, la Covid-19 est survenue. Et ça entrainé tout ce que vous savez. Notamment la fermeture des frontières. Mon partenaire et moi nous nous sommes résolus à vendre sur le marché local au prix de rien. Nous n’avons même pas pu rentrer dans les coûts d’investissements à plus forte raison faire des bénéfices ».

Eulalie et son partenaire étaient propriétaires d’un cheptel de plus de 500 sujets. Depuis lors, ils n’ont pas relancé l’activité. La situation de Alioum n’est pas plus reluisante du côté de Malantouen, dans le département du Noun, région de l’Ouest. Son cheptel de près de 1000 sujets est actuellement réduit à moins de 200 poulets. « Il est repartit de Zéro », confie Njankouo Ahmadou, président de l’Union des Gic des agriculteurs et éleveurs pour la lutte contre la pauvreté en milieu rural. Regroupement dont Alioum est membre. « On a des éleveurs qui sont partis de 500 voire 2000 sujets à rien. Puisque progressivement, ça baissait, et au fil de la durée de la crise, des éleveurs sont tombés à rien. Une baisse dramatique que j’estime à près de 90%. Et je n’exagère pas », se désole Njankouo Ahmadou.

Evolution de la production de poulet au Cameroun

Il poursuit, « déjà, nous sommes dans une zone reculée. Pour s’approvisionner, c’est d’abord difficile, c’est cher. Le poulet qu’on produit ici est vendu en ville. Vous imaginez dans une localité comme Malantouen tu ne peux pas écouler 500 poulets en un mois sur place. Alors pour écouler c’était comme on pouvait. On l’a fait tout autour ici. Par exemple, il y a un deuil là-bas, on vient te prendre les poulets à crédit pour aller faire le deuil. Après le deuil, Celui qui devait vendre ses choux, tomates… pour te payer, n’a pas. Alors tu vas faire comment. C’est la chute ! ».

Grippe aviaire

D’après les acteurs de la filière avicole rencontrés sur le terrain, l’activité était déjà mise à mal du fait de grippe aviaire de 2016. La maladie à coronavirus n’a dont rien arrangé. « Au contraire, la situation est devenue tout simplement catastrophique car beaucoup d’entre nous, je ne dirai même personne ne s’était encore remis à la suite de la grippe aviaire », révèle Eulalie. Même son de cloche du côté de Léopold Kamga, le président régional de l’Interprofession avicole (Ipavic) pour l’Ouest. « L’impact de la Covid-19 est très remarquable. Il est même grave. Parce qu’en fait, la situation de Covid-19 est précédée de celle de 2016, avec la grippe aviaire qui avait réduit le cheptel à 50%. Avant l’arrivée de la Covid-19, personne ne s’était encore remis », explique le président régional de l’Ipavic. « La grippe aviaire a réduit de 50% la capacité de production dans l’ensemble. Covid-19 arrive maintenant pendant qu’on cherchait à remonter la pente et plombe le peu des 50% sur lesquels on tournait. Donc, on est aujourd’hui à moins de 50%. Et l’impact de la Covid paraît plus dévastateur que la grippe aviaire. Parce que, le temps n’a pas été déterminé, elle a été imprévisible, et le prix est très lourd », poursuit-il.

Avis partagé par le délégué départemental du ministère de l’Elevage, des pêches, et des industries animales (Minepia) de la Mifi dans la région de l’Ouest. « La Covid-19 a aggravé la situation. Mais nous restons en veille », corrobore notre interlocuteur. De fait, comme le souligne ce dernier, l’impact de la Covid-19 sur le secteur de l’élevage de la volaille est néfaste et conséquent. Notamment pour ce qui est des exportations des produits issus de la production de la volaille tels que les œufs, les poulets. « Nous avons aussi un aspect très important, les importations des œufs à couver qui pouvaient satisfaire les besoins locaux », dit-il.

Pertes

Un arrêt des importations consécutif à la fermeture des frontières quelques temps après la découverte de la maladie. De quoi plomber les recettes de la Mifi. « Les frontières étant fermées, cela a impacté nos recettes. Parce qu’il était devenu difficile de procéder aux recouvrements auprès des producteurs car ils n’arrivaient pas à vendre. Les recettes ont chuté de plus de 50% par rapport aux années antérieures avant la Covid-19 », révèle le délégué départemental. « Quand on dit déjà que, les hôtels ne fonctionnent pas, les marchés non plus comme c’était le cas au plus fort de la crise, les endroits de haute consommation de la volaille tels les funérailles, mariages, et lieux de rassemblements, hôtels, restaurants, tout était fermés. Vous pouvez imaginer ce que ça donne pour une activité entretenue par la nutrition animale. Il faut nourrir les animaux. Mais une fois nourris, tu ne vends pas. Ce sont des pertes énormes », renchérit Léopold Kamga.

Avant d’ajouter, « une étude a été faite les trois premiers mois de la survenue de la pandémie, on était presque de l’ordre de 7milliards F Cfa de pertes pour l’ensemble du secteur. Puisque l’aviculture c’est tout un ensemble de maillons, de chaînes de production ». A l’heure où la situation de la Covid-19 semble se stabiliser, les producteurs regagnent peu à peu leur ferme. Mais l’activité est loin d’avoir retrouvée sa vitesse de croisière, apprend-on de Njankouo Ahmadou. Qui explique par ailleurs qu’un système d’entraide s’est naturellement mis en place à Malantouen pour aider les uns et les autres à remonter la pente. « C’est assez simple, tu prends la tontine de 50.000 FCfa quelque part, tu pars te débrouiller à acheter les sujets proportionnellement au montant que tu as. Celui qui cultive le maïs a par exemple ses 5 seaux de maïs. Il t’aide avec deux seaux pour nourrir tes poulets et remonter l’activité ». Du côté du Minepia, des projets et programmes sont mis en place pour accompagner les producteurs. Des mesures prises pour que le secteur avicole de la Mifi notamment ne soit pas totalement mort.

Travaux réalisés dans le cadre du projet « Accès à l’information en période de Covid-19 au Cameroun avec le soutien de Free Press Unlimited ».

Marie Louise MAMGUE et Marthe NDIANG de retour de l’Ouest

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