Covid-19 :« Nous avons envisagé l’éventualité d’un cas d’infection à la Covid-19 à Dimako »

Yves Tokambou Nteme, maire de la commune de Dimako dans le département Haut-Nyong, région de l’Est, explique le déroulement de la riposte contre la maladie à Coronavirus dans cet arrondissement et en particulier dans les communautés minoritaires.

Comment se porte la commune de Dimako en cette période de pandémie Covid-19 ?

De manière spécifique à Dimako, à la suite des très hautes prescriptions du président de la république, les directives données par le chef du gouvernement et d’autres mesures éditées par le gouvernement à travers le ministère de la Santé, la commune de Dimako a tout de suite pris le taureau par les cornes en définissant tout d’abord une stratégie communale de lutte contre la propagation du Coronavirus. Cette stratégie était axée sur 2 points principaux à savoir la sensibilisation prévention d’un côté et ensuite l’anticipation sur des mesures curatives au cas où il adviendrait qu’un cas soit identifié et détecté à Dimako.

Sur le premier volet qui consiste en la sensibilisation-prévention, il était d’abord question de faire une descente dans les villages et quartiers, les 32 que comptent la commune de Dimako, pour sensibiliser et attirer l’attention des différentes populations, toute tendance confondue sur le caractère réel de cette pandémie. Et aussi les dispositions nécessaires à prendre pour pouvoir stopper cette propagation à Dimako, et vous savez que Dimako est sur le corridor Douala-Bangui, Douala-Ndjamena et ainsi de suite. Donc à Dimako on peut très bien chopper une tare qui vient de l’Europe ou qui vient des autres pays avoisinants à travers la route nationale N°10.

En quoi a consisté la campagne ?

Cette campagne s’est faite par la distribution des dépliants, des prospectus, la production avec l’appui des responsables des formations sanitaires, des spots diffusés en langue locale à savoir le Bakum, le Baka et le Pol, les trois principales ethnies, pour que le message passe très bien. Après quoi, nous avons procédé à la production et à la distribution des masques avec l’accompagnement très performant du Centre de promotion de la femme et de la famille “Maman Rosette de Dimako” qui a produit de nombreux masques que nous avons distribué à la population. Les moyens étant limités, nous avons regalement bénéficié de l’apport des forces vives de la Commune. Au-dessus de toutes les contributions nous avons eu le bonheur d’accueillir le don présidentiel qui nous a permis de monter un cran au-dessus dans la distribution des masques, des recipients et gels hydroalcooliques pour nettoyage des mains dans les lieux publics et autres…

Nous avons pris des dispositions pour faire respecter la distanciation sociale au niveau des grands espaces publics comme les marchés, la gare routière où nous avons repositionné les marchands de manière à ce qu’il y ait de la distance entre les étals.  Nous avons distribué les gels hydroalcooliques, et auprès des établissements secondaires et primaires des thermo flashs, des savons et des seaux. Voilà ce qu’on a essayé de faire dans un premier temps dans le volet sensibilisation. Ensuite, un autre volet plus accéléré au niveau de la sensibilisation, à consisté en la mise à contribution les forces du maintien de l’ordre pour passer à la répression de ceux qui tendaient à ne pas vouloir arborer les masques, ni à respecter les autres mesures de distanciation et des heures de fermeture des débits de boisson etc.

Comment avez-vous géré le volet économique ?

Sur le plan économique, nous avons scrupuleusement observé les prescriptions du gouvernement en matière de suspension du recouvrement des différentes taxes au niveau des marchés et autres places publiques. Ceci, pour alléger la pénibilité de l’ensemble des pressions financières au niveau des petits commerçants, même si cela a lourdement pesé sir les recettes de la commune.

Par ailleurs, nous avons envisagé l’éventualité d’un cas d’infection à la Covid-19 à Dimako et surtout, comment réagirait-on? Serait-on obligé d’envoyer les gens à Yaoundé ou à Bertoua pour leur prise en charge ? C’est ainsi que de commun accord avec le médecin-chef du Centre médical d’arrondissement, nous avons engagé l’acquisition des molécules prescrites pour le traitement du Coronavirus pour que si des premiers cas venaient à être détectés, qu’ils puissent être pris en charge localement. Dieu merci, aucun n’a pu être détecté jusqu’à date. Et bien évidemment les mesures ont commencé à être assouplies. Sauf que nous entrons de nouveau dans une seconde phase dit-on plus virulente. Pour y faire face, nous avons repris la lutte en remobilisant tout le dispositif que nous avons mis en place. Nous avons également bénéficié de l’accompagnement du Fonds spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le Coronavirus et ses effets sociaux et économiques, à travers une dotation de 5 millions du ministère de la Décentralisation et du développement Local (Minddevel) qui est venu s’ajouter à l’ensemble des mesures que nous prenions pour que les dispositions de lutte soient à la hauteur de risposte qu’exige la seconde vague de propagation de la Covid-19. Et dans cette optique, nous avons mobilisé la jeunesse à travers le Conseil municipal jeune de Dimako pour la sensibilisation par les pairs, ce qui a été fait en début de semaine. Nous avons procédé à la désinfection des différents lieux à forte concentration humaine à savoir les marchés, les services publics, les gares routières, les débits de boisson…

Les dispositions prises en ville sont-elles les mêmes dans les villages ?

Nous n’avons pas fait une spécification particulière, compte tenue de ce que nous voulons placer toutes les populations sur le même pied d’égalité, où alors nous voulons les traiter sur une base d’équitabilité de telle enseigne que chaque village soit égal à un autre village. Les dispositions qui sont prises à un village « A » doivent être les mêmes dans le village « B », d’autant plus que les populations qui nous intéressent actuellement sont les populations autochtones. Elles ont pratiquement les mêmes habitudes que les populations bantoues à savoir : parfois une croyance assez lâche de l’existence même de cette maladie, une forte croyance en une automédication traditionnelle susceptible d’enrayer ce phénomène lié parfois à crainte de se rapprocher des formations sanitaires lorsqu’on présente des signes de la maladie. C’est la même chose qu’on retrouve chez les Baka et chez les Bantou du point de vue de notre observation. Et c’est la raison pour laquelle pour parler de ces groupes minoritaires, les dispositions qui ont été prises sont celles qui engagent le respect des mesures barrières à savoir pouvoir se laver systématiquement les mains. Ici au niveau local nous avons plutôt privilégié les savons plutôt que les gels hydroalcooliques et beaucoup de sensibilisation par les chefs de village.  Nous avons aussi pensé qu’il serait de bon ton de faire une autre descente au niveau de ces campements, parce qu’ici à Dimako, nous en avons au moins 4. Nous avons Lossou, Nkolbikon, Mayos, Kandala. Voilà les espaces où nous retrouvons les populations Baka. Le principe est qu’il n’y ait pas de cas zéro, et pour cela nous prenons les dispositions presque équitables.

Ces minorités sont-elles réceptives aux messages que vous transmettez ?

Elles sont réceptives lorsque le Maire intervient lui-même ou alors lorsque leurs principaux relais communautaires sont mis à contribution. Il y a des obstacles au niveau de la langue, c’est pour cela que nous utilisons leurs relais qui leur transmettent les messages en des termes compréhensibles par eux. Et là, on sent bien que si quelqu’un avait oublié son masque, lorsqu’il nous voit venir, il s’enpresse de le remettre. Ça veut dire que le message est déjà passé. Maintenant, comment est ce que les gens s’approprient de ces actions directes et effectives ? C’est un autre cas qui n’est pas seulement l’apanage de ces peuples. Mais nous avons pu découvrir en ces peuples Baka, les traits d’attitudes semblables à celles des Bantou. Vous savez les peuples Baka ont beaucoup plus confiance en leur pharmacopée traditionnelle et d’ailleurs même certains Bantou se dirigent prioritairement là-bas pour pouvoir prendre des ingrédients qui, disent-ils, vont les prémunir de la maladie à Coronavirus.

Avez-vous rencontré des résistances ?

On ne peut pas apprécier le refus d’aller à l’hôpital puisqu’on n’a pas encore enregistré un cas pratique au sein de la Communauté Baka. Et lorsque nous avons organisé les activités du 8 mars, avec l’aide des médecins, plusieurs tests ont été effectués sur les participants, on nous a déclaré un cas positif qui sortait de ce secteur. On s’est rendu compte que la personne avait de la fièvre, bref avait quelques symptômes qui se rapprochent de ceux de la Covid-19, mais ce n’était pas cela. On a donc décidé de sensibiliser tout le monde au passage. On ne peut donc pas apprécier au moment précis leur attitude face à l’hôpital par la simple raison qu’on n’a pas encore de cas détectés.

Ces campements d’autochtones comptent combien de personnes ?

Il m’est difficile de dire combien de personnes elles sont. Parfois lorsque c’est la période de chasse, pour ceux qui ont réussi à envoyer leurs enfants à l’école, ils désertent et vont faire la chasse de nuit. Ils campent loin et reviennent quand la saison s’achève, un peu comme les nomades de la partie septentrionale qui, pendant la période de pâturages, parfois les enfants quittent les écoles pour aller en brousse avec les parents. Forcement il faudrait accroitre un encadrement aussi bien des services de l’Etat central que de l’état décentralisé, et c’est la raison pour laquelle à ce jour, la commune a mené des actions pour la construction des établissements scolaires dans tous les 4 campements. On a au moins une école primaire et une école maternelle, certains ont même des centres préscolaires communautaires pour pouvoir capter les enfants dès le plus bas âge. On vient juste de terminer la distribution des tables-bancs dans les établissements primaires publiques, y compris ceux qui relèvent des campements Baka. Forcément, leurs préoccupations sont en rapport à leur cadre de vie, ils sont actuellement à mi-chemin entre leur vie antérieure et la nécessité d’adaptation à une vie sédentaire avec les bantous. Ce qui fait que, à mon propre sens, ils sont en train de vivre dans une transition.

Travaux réalisés dans le cadre du projet « Accès à l’information en période de Covid-19 » avec le soutien de Free Press Unlimited.

Propos recueillis par Michèle EBONGUE,  de retour de Dimako

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