Education : Le déficit infrastructurel pénalise près de 10 000 élèves à Gado-Badzéré

Les deux écoles primaires publiques de ce village de l’Est-Cameroun, qui disposent chacune un bloc de deux salles de classe, accueillent en moyenne 300 élèves par salle de classe au regard du nombre important d’enfants en âge de scolarisation.

 « Les trois écoles primaires (dont un privé) que compte ce village ne peuvent plus contenir le flux d’élèves. Il en est de même pour le collège d’enseignement secondaire qui devrait déjà être transformé en lycée pour limiter la déperdition scolaire. Souvent après l’obtention du Bepc, les parents qui ne disposent pas de moyens financiers pour envoyer leurs enfants continuer les études à Bertoua où à Garoua-Boulaï préfèrent qu’ils restent au village se débrouiller », explique Sa Majesté Martin Sodea Azia, chef traditionnel de 3ème degré du village Gado-Badzéré.

Dans ce grand village de l’Est-Cameroun, situé à 40 kilomètres de la ville frontalière de Garoua-Boulaï, la situation démographique est préoccupante en raison de la présence de nombreux réfugiés centrafricains depuis 2013. Dans les écoles primaires publiques de Gado-I-A et B construites par le Haut-Commissariat des Nations unies (HCR) et ses partenaires, on parle d’insuffisance d’enseignants et de salles de classe. Ces deux écoles publiques qui encadrent près de 1200 élèves disposent chacune d’un bloc de deux salles de classe. « Cette année nous comptons en moyenne 300 élèves par salle de classe au regard du nombre important d’enfants en âge de scolarisation dans le camp des réfugiés », révèle Jean Batouré, directeur de ladite école.

Grâce à la création par le HCR des Espaces temporaires d’apprentissage et de protection des enfants (Etape), et une sensibilisation accrue des communautés locales et des réfugiés, de grands progrès ont été accomplis dans le domaine de l’éducation au cours des dernières années. Les Etapes en question étaient des écoles construites en matériaux provisoires dans les camps des réfugiés et destinées aux enfants réfugiés avec des normes qui étaient propres à leur statut. Après leurs fermetures il y a quelques années, les milliers d’élèves issus de ces Etapes ont été réinsérés dans les écoles de la zone. Ce qui justifie cette croissance importante du nombre d’enfants scolarisés.

Contraintes familiales et sociales

Toutefois, un nombre important d’élèves victimes des contraintes familiales, sociales ou de la pauvreté de leurs parents abandonnent souvent leur scolarité en cours d’année. « Il y a des parents qui viennent retirer leurs enfants de l’école pour aller chercher le bois à vendre afin de trouver la ration alimentaire. Certains ne partent pas à l’école parce qu’ils peinent à payer les frais d’Apee qui leurs sont exigées. D’autres s’intéressent plutôt au petit commerce et aux divertissements. D’où l’interdiction par le Sous-préfet de l’arrondissement de l’ouverture des vidéos-clubs de lundi à vendredi », indique le chef du village Gado-Badzéré.

Pourtant, nombreux ont la volonté et veulent vraiment apprendre. « Ils sont plus de 5000 enfants de Gado-Badzéré et réfugiés centrafricains confondus qui parlent déjà français et anglais grâce au système éducatif camerounais. Pourtant à leur arrivée, nombreux parlaient seulement le Sango ou le Foufouldé. Et lorsque vous regardez les statistiques dans nos écoles, vous-vous rendrez compte que les enfants réfugiés sont très brillants », soutien Eric Zeibe Kobobe, Commis education project à Adra, une Agence adventiste d’aide et développement qui travaille en partenariat avec l’Unicef dans la sensibilisation des communautés dans la zone. Dans cette localité, le Fond des Nations-Unies pour l’enfance (Unicef) consacre plus de 20% de ses dépenses annuelles de Programme à l’éducation et accorde une attention particulière à celle de la jeune fille. Pour remédier au problème d’infrastructures scolaires à Gado-Badzéré, l’Unicef a entamé la construction de 36 salles de classe.

Crise du Covid-19

En cette période de crise sanitaire, des gels hydro-alcooliques, des cartons de savons et des bidons de recharge d’eau ont été remis aux établissements scolaires pour limiter les risques de contagion. « Lorsque nous arrivons à l’école le matin, nous-nous alignons à un écart d’un mètre et demi, chacun portant son cache-nez. Avant d’entrer dans nos salles de classe, nous commençons par le lavage et la désinfection des mains avec de l’eau et du savon, et au gel hydro-alcoolique. A l’école, nos enseignants nous demandent de ne pas nous regrouper, de ne pas jouer et de rester chacun dans son coin ». Témoignage de Flore Bazina, élève au CM2 à l’école primaire publique de Gado I-B.

La jeune fille de 12 ans comme ses camarades résume avec certitude les précautions à prendre pour éviter le covid-19. Depuis la réouverture restreinte des établissements scolaires le 1er juin dernier, le respect des mesures barrières contre cette pandémie est de mise. Dans cette école comme dans les deux autres, les élèves font preuve de responsabilité et sont réceptifs aux consignes de leurs enseignants. « Pour le moment, tout se passe bien. Aucun élève ne touche ni au Bic, ni au cahier de son camarade », soutient une enseignante.

Dans ces écoles, les jeux sont strictement interdits aux élèves pendant la récréation, et ces derniers ne doivent rien se partager. « Nous informons nos élèves des modes de transmissions et leur demandons d’éviter de s’exposer en portant leurs masques, en observant la distanciation sociale et en respectant les mesures d’hygiène prescrites. Dans chaque classe, nous avons également institué une minute covid-19. A chaque fin de cours l’enseignant sensibilise et informe les élèves des ravages de cette pandémie. Nous leur demandons également de rester vigilant lorsqu’ils rentrent chez eux, en évitant des balades intitules qui peuvent les mettre en contact avec le virus », explique le directeur de l’école primaire publique de Gado I-A.

Ange-Gabriel OLINGA BENG de retour de Gado-Badzéré 

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