Elevage : la filière porcine en pleine dégringolade à l’Est

De 800 à 1000 éleveurs entre 2009-2015, on compte du bout de doigt le nombre des producteurs aujourd’hui. Les acteurs évoquent le coût élevé de production et l’absence de subvention de l’Etat, tandis que la délégation régionale du ministère de l’Elevage, de pêche et des industries animales, compte sur l’allégement des conditions d’obtention des subventions du projet PRODEL pour relancer la filière.

Samedi 03 juillet 2021, il est interdit à tout visiteur d’accéder à l’enceinte de la ferme de reproduction des porcelets dénommé « Ferme Nkouna » située au quartier Koumé-Bonis à Bertoua, dans la région de l’Est.  Cette mesure selon le promoteur, Alain Nkouna s’explique par le fait que le « mois de juin et juillet sont très délicats pour les éleveurs de porcs. C’est en cette période en 2020 que la maladie dénommée le rouget a décimé des centaines de porc dans la région. Il est donc question de protéger la ferme ».

Comme tous les producteurs, Alain n’a pas été épargné. « En juin 2020 j’ai évacué pratiquement toute ma ferme à cause de la maladie. En temps normal, je peux produire 216 porcelets par an mais en 2020, j’ai produit seulement 138 », se souvient ce producteur qui cumule près de 21 ans d’expérience. Le rouget selon les vétérinaires, « est une maladie qui a les mêmes symptômes que la peste porcine africaine, une maladie virale sans traitement ». En 2020, la souvenance de cette maladie a mis ces professionnels de la santé animale en branle. « Une correspondance du ministre a interdite la circulation des porcs. Par la suite nous avons fait des prélèvements et envoyé au laboratoire national vétérinaire (LANAVET) pour déterminer la maladie exacte », indique-t-on à la délégation régionale de l’élevage, de pêche et des industries animales (MINEPIA).

Etat des lieux

Au-delà de la maladie, la filière porcine est en pleine chute dans la région. Une conséquence de la baisse drastique du nombre de producteurs et par ricochet, la réduction de la qualité et quantité du porc disponible sur le marché. Selon Robert Mokom, président de la confédération des GIC et Union des GIC des producteur de porc de l’Est, « de 800 à 1000 éleveurs entre 2009-2015, l’on compte aujourd’hui du bout des doigts le nombre des producteurs encore en activité. »

Une situation qui a pour conséquence, la rareté de porcs dans la région. Au marché central de Bertoua, la viande du porc est de plus en plus rare. « C’est très difficile, il n’y a pas le porc. Chacun se bat comme il peut pour se ravitailler auprès des transporteurs des marchandises vers le Grand Nord qui, après avoir constaté cette rareté ont développé l’idée d’acheter ces animaux et revendre à Bertoua », confie Fabrice Fokou. Une situation qui pénalise les restaurateurs, comme le souligne Marcelin Domba. « J’accuse parfois des retards pour servir mes clients parce qu’il y a manque de porc à Bertoua », explique ce restaurateur.

Difficultés

A en croire les producteurs, cette pénurie de porc découle du coût élevé de production. « La production de porc coûte excessivement cher. Il faut construire un bâtiment solide estimé à 2 millions F Cfa pouvant contenir 10 porcs. Après le bâtiment, 70% de l’investissement seront affectés à la nutrition (soja, maïs, arachides et le blé entre autres) et le suivi vétérinaire », affirme Robert Mokom qui se bat à élever 16 porcs localement à Mokolo 4. La deuxième difficulté est liée à l’absence de subvention de l’Etat. « Aujourd’hui, les éleveurs se battent individuellement sans assistance », se lamente un autre éleveur.

Ce dernier se rappelle de la période 2009 à 2015 quand le MINEPIA apportait quelques appuis à la filière à travers le programme de développement de la filière porcine. Pendant l’exercice 2009/2010 se rappellent les producteurs de la ville de Bertoua, ce programme avait octroyé une subvention d’un fonds rotatif et non remboursable de 15 millions F Cfa, pour la structuration de la filière comme préalable à tout financement d’envergure. D’autres éleveurs évoquent le manque d’un abattoir digne de nom à Bertoua et l’harcèlement fiscal.

Dans l’arrondissement de Kétté, département de la Kadey, les éleveurs évoquent l’indisponibilité permanente des vaccins à cause de l’absence des pharmacies vétérinaires. Ce qui explique la prolifération des ventes illicites de vaccins et des antibiotiques qui mettent en péril la santé animale en général et celle de porcs en particulier. Au niveau des pharmacies vétérinaires, la chute des ventes des produits spécifiques aux porcs est perceptible. « À notre niveau, il y a eu baisse des médicaments comme les vermifuges, les vitamines, les antibiotiques, les antiparasitaires externes contre les mouches, les tics et les vaccins anti-rouget tout comme les minéraux et les fers. Notons que les éleveurs doivent absolument acheter ces médicaments et avoir la boite à pharmacie pour le traitement préventif au moins une fois par mois », affirme Sadou Norbert Gounday, infirmier vétérinaire en service dans une pharmacie de la place.

Appui

Pour le MINEPIA, le gouvernement fait des efforts pour soutenir la filière porcine. « Le projet d’appui à la compétitivité agricole (PACA) a introduit la race « maïna » auprès des organisations des producteurs qui est très productive. On a introduit des géniteurs améliorés, assure la vaccination et octroi des appuis financiers », précise-t-on à la délégation régionale. En plus, l’allégement des conditions d’obtention des financements du projet PRODEL va permettre de relancer la production. Désormais pour un financement plafonné à 20 millions F, le producteur apporte juste un apport de 10% et le PRODEL complète les 90% de subvention non remboursable. Ce projet a pour objectif, l’amélioration de la productivité des systèmes de production animale sélectionnés et la commercialisation des produits des bénéficiaires ciblés et apporter une réponse immédiate et efficace en cas de crises ou des urgences éligibles.

 Sébastian Chi Elvido à l’Est

Leave comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *.