Environnement : « Si les pays du Sud vont discuter…en rangs dispersés, on va tout perdre »
Pr Paul Tchawa

Pr Paul Tchawa, Secrétaire général au ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable, au terme de l’atelier régional de relecture du document de politique générale de l’environnement de la Ceeac, tenu du 21 au 22 avril 2022 à Douala, revient sur l’importance pour le Cameroun, d’avoir une politique nationale sur l’environnement.

Y a -t-il une politique sur l’environnement au Cameroun?

Nous nous appuyons sur un document stratégique. Il s’agit de la loi cadre portant la question de l’environnement, qui date de 1994.  Et étant donné les enjeux actuels liés au climat, à l’environnement, il ne faut pas perdre de vue qu’il y a une dimension géopolitique de l’environnement, du développement durable. Quand je parle de dimension géopolitique, cela veut dire que les pays du Nord, c’est-à-dire les pays développés, se mettent ensemble pour soutenir une position.  Et si les pays du Sud vont discuter avec ces pays-là en rang dispersés, on va tout perdre. Alors, l’expérience de Glasgow, à l’avant dernière Cop, a bien montré qu’il y a eu une grosse discussion qui a conduit les pays de la Comifac à se mobiliser pour mettre sur la table, le fait que les forêts du bassin de Congo étaient une grosse monnaie d’échange. C’était vraiment comme un jeu de poker, et nous avons dit que nous ne pouvons pas disposer du 2e poumon de la planète et venir discuter avec eux comme si on était des mendiants. Cela suppose que si cela est dit, une fois rentrer en Afrique, dans la Sous-région, il faut absolument que les gens se mettent ensemble pour harmoniser les stratégies et avoir une même voix pour aller discuter avec les autres. J’insiste sur le fait que ce ne sont pas des cadeaux. Si votre voix ne porte pas, si votre position n’est pas cohérente, si vous allez en rangs dispersés, les autres, vous dament le pion.

Dans quel contexte a été organisé cet atelier ?

A cet atelier, on arrive dans un contexte où les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (Ceeac) souhaitent développer ou mettre à jour leur politique. Ce qui fait que si nous sommes dans un cadre de supra pays harmonisé et cohérent, les politiques nationales viendront s’amarrer et tout cela se mettra en musique. Si cela avait été l’inverse, ça aurait pu être compliqué.

Qu’en est-il du patrimoine du Cameroun ?

Le Cameroun fait partie de ces pays dont le territoire national couvre une bonne partie des zones forestières, ce qui convient donc d’appeler le second poumon de la planète. Et puis, il y a aussi la position du Cameroun. Ne parlons pas uniquement des forêts du Cameroun, parce que le Cameroun c’est aussi l’un des greniers importants des pays de cette Sous-région, et cela fait que sa position est telle qu’il peut prétendre, et à raison, contribuer à nourrir la Sous-région. Donc, le pays met plus de pression sur ses ressources végétales, et donc, peut naturellement apparaitre comme un pays de proue dans ces négociations-là.

Quelle serait l’importance de cet atelier pour le Cameroun ?

C’est un cadre dans lequel, les pays, chacun en ce qui le concerne, vont tirer les points d’encrages qui leur permettront une fois, de développer plus facilement des politiques qui se mettent en cohérence avec une politique supra nationale de la Ceeac, et un instrument auquel tout le monde adhère. Tel que, si une politique supra nationale vient de cet instrument, il est normal qu’une fois que les Chefs d’Etats ont validé la politique, que cela les force à y adhérer. Et aussi dans la hiérarchie des normes, cette politique serait supérieure, aurait plus de poids que les politiques nationales.

Réalisé par Michèle EBONGUE

 

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