Exploitation minière : 03 pachydermes décédés à moins de six mois à l’Est
Les exploitants des sites miniers

La pollution du fleuve Kadey par des exploitants miniers dans la zone de Watamo-Tapare Kadey, serait à l’origine de ce drame. Malgré les plaintes des populations et des associations qui militent pour la protection de l’environnement, rien n’est fait. Le silence et l’indifférence des pouvoirs publics sur la destruction des espèces animales et végétales inquiètent. 

Le long du sentier qui conduit à Boumama, petit village des orpailleurs de l’arrondissement de Kétté dans le département de la Kadey, région l’Est, la forêt a totalement disparu. Sur une surface d’environ 30 hectares, l’exploitation minière a crée des dégâts irréversibles sur la biodiversité. « Depuis plusieurs mois, plus rien n’a poussé sur cet espace. L’entreprise qui exploitait l’or ici déversait des déchets liquides et solides à l’aire libre. Même l’eau que nous consommons est presque polluée et nous donne des maladies. N’en parlons pas des centaines d’animaux qui meurent intoxiqués où noyés dans des flaques d’eau abandonnés », renseigne Augustin Zalang, un riverain. 

Ici, entre 300 et 400 exploitants miniers se sont relayés pendant des années au fond des galeries souterraines, pour arracher à la terre le précieux minerai. A perte de vue, l’on peu percevoir des montagnes de sable et des fossés abandonnés. « C’es très grave ici. Suite à l’assèchement des cours d’eau où on creusait l’or, plusieurs personnes ont abandonné leurs villages pour s’installer ailleurs », rapporte notre source. Plus loin dans les chantiers ouverts à Gbiti, Béké chantier, Kana, Bedobo, Nandong et Koundo, les dégâts causés par l’activité minière sont immenses.

L’environnement a en bonne partie été dévasté par des engins lourds qui laissent derrière eux des espaces incultivables, des réseaux hydrauliques modifiés et pollués, des forêts dévastées et des larges tranchées favorisant la production des moustiques, les éboulements de terre, les noyades des êtres humains et des animaux. « Ce lac artificiel peut atteindre 15 à 20 mètres de profondeur. Et lorsque les enfants viennent au bord, il arrive parfois qu’ils glissent, tombent dans l’eau et se noient. Nous avons déjà enregistré une dizaine de morts dans ces conditions, sans compter les animaux », déplore Kombo Joseph, un riverain de Béké chantier.

La dernière actualité qui a défrayée la chronique dans la zone est la découverte macabre du corps sans vie d’un hippopotame dans la zone de Watamo-Taparé le 23 janvier 2021. Selon les témoignages des riverains, « ce pachyderme a trouvé la mort suite à la pollution du fleuve Kadey par des exploitants miniers. Et ce n’est pas le premier. Au mois de décembre 2020, on a découvert le cadavre d’un autre hippopotame dans les mêmes circonstances ». Pour l’Ong Forêts et développement rural (Foder) qui suit de près cette actualité, le décès de cet hippopotame porte à 03 le nombre de pachydermes décédés à moins de six mois dans la zone.

Les exploitants des sites miniers

Comme pour indiquer que la cohabitation entre exploitants miniers et ces espèces protégées devient risquée. Autour de la marre de Lala où vivent ces hippopotames, on dénombre une vingtaine de chantiers d’extraction d’or. « Au-delà du fait que certains hippopotames trouvent la mort dans les eaux polluées par l’activité minière, d’autres sont souvent abattus par ces exploitants miniers, en violation des dispositions de la décision N°000587/D/MINMIDT/SG/DAJ du 28 août 2019 portant interdiction de toutes activités d’exploitation minière artisanale semi-mécanisée sur les lits des cours d’eau », dénonce Esaïe Lebogo, un acteur de la société civile.

Complicité passive

Malgré les plaintes d’associations qui militent pour la protection de l’environnement, en occurrence Water Energy and Sustainable (Wesd), qui dénonce les activités de ces entreprises chinoises qui font tarir en toute impunité les cours d’eau pour extraire l’or, rien n’a changé. « En complicité avec l’autorité administrative passive, ces chinois font disparaitre des espèces protégées, en déséquilibrant les écosystèmes au nom de l’exploitation illégale de l’or. Tout se passe comme si un gramme d’or pesait plus qu’un hippopotame », fustige Angelo Toueli, coordonateur général de Wesd. Dans la zone de Kétté, on dénombre environ 250 trous ouverts et non réhabilités par des entreprises d’exploitation artisanale mécanisée.

Même les autorités administratives peinent à réprimer ces entreprises récalcitrantes. « Lorsque nous les interpellons sur l’obligation de réhabiliter les trous après exploitation, certaines nous rétorquent souvent qu’elles ont reversé l’argent à l’Etat. Et nous ne pouvons pas passer à la répression, car nos prérogatives ne nous autorisent pas à le faire », déclare sous anonymat une autorité locale, en indiquant que « des actions de sensibilisation sont menées auprès de ces entreprises pour les inciter à respecter leurs cahiers de charges ». Toutefois, au mois d’avril 2020, le ministre des Mines, de l’industrie et du développement technologique, Gabriel Dodo Ndoké avait servi des mises en demeure à une vingtaine de sociétés minières pour la restauration des sites abandonnés. Malheureusement, cette mesure qui conditionnait la poursuite des activités sur le terrain n’a pas été entendue par les concernés qui pour la plupart avaient déjà levé le camp.

                                                                                      les exploitants miniers

Sanction

Selon un exploitant minier qui a requis l’anonymat au site de Béké chantier, « les mêmes populations qui se plaignent, se réjouissent de voir ces trous miniers abandonnés. Car dès que l’exploitant tourne le dos, ces populations se ruent tous sur ces trous béants qui sont une opportunité facile d’accès à la ressource, du moment où il est difficile de creuser avec leurs outils rudimentaires ». Dans la plupart de ces sites miniers non réhabilités, hommes, femmes et enfants de la localité sont à l’œuvre, sans équipement de protection individuelle, ni mesure de sécurisation des sites. Les plus robustes descendent au fond des trous béants pour y ramasser la boue. D’autres lavent cette boue pleine de gravier pour y extraire de l’or. « Et lorsque surviennent des éboulements de terrain, des décès s’enregistrent presque toujours. Mais, cela ne les décourage pas », explique l’exploitant minier.

En dehors de la non réhabilitation des sites miniers qui affecte le milieu naturel, un responsable de la délégation régionale de l’Environnement et de la protection de la nature de l’Est reconnait entre autres dégâts environnementaux, « la perte de la qualité du sol, la création des lacs artificiels à haut risque pour les hommes et le bétail en cas de chute, la modification du relief du sol par les monticules de déblais, la modification du réseau hydrographique de la zone, ce qui cause d’énormes problèmes d’approvisionnement en eau ». Selon ce responsable qui a requis l’anonymat, « tous ces dégâts peuvent bel et bien être évités, si ces sociétés minières respectaient la réglementation en vigueur, notamment l’article 136 du code minier camerounais qui prévoit la réhabilitation des sites après exploitation. La sensibilisation que nous faisons à notre niveau ne suffit pas. Il faut que la hiérarchie sanctionne avec la dernière énergie la destruction de la biodiversité ».

 

Par Ange-Gabriel OLINGA BENG à l’Est

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