Faune : « Le braconnage dans les aires protégées est un vrai fléau pour la biodiversité »
René Hamadjida Bobo, chef service régional de la faune et des aires protégées du Nord

René Hamadjida Bobo, Chef service régional de la faune et des aires protégées du Nord Cameroun, dresse un état des lieux de la situation de la faune dans cette partie du pays. Selon lui, le manque d’équipement adéquat et de moyen financier, font partie des principaux obstacles qui handicapent le suivi des espèces fauniques.

Quel est l’état actuel de la faune dans la région du Nord ?

Les aires protégées de la région du Nord sont constituées de trois Parcs Nationaux : le Parc national de la Bénoué (PNB), le Parc national du Faro (PNF), le Parc National Bouba Ndjidda (Pnbn).  Ceci assorti de 32 zones d’intérêt cynégétique (ZIC), soit près de 44% (30 692 km2) de la superficie de la région. Ces trois aires protégées de la région du Nord sont de la première génération des aires protégées au Cameroun et constituent la dernière ceinture verte de la région face à l’avancée du désert. La faune, cette richesse nationale, représente une biodiversité inestimable. Toutefois, elle fait face à des pressions de plusieurs natures. L’on note une présence confirmée de plus de 55 espèces de mammifères, 306 espèces d’oiseaux sur ce vaste paysage.

Quel est le rôle des grands mammifères dans la vie de l’homme et dans l’équilibre environnemental ?

Le rôle et l’importance des grands et moyens mammifères n’est plus à démontrer.  Ce sont des maillons importants des chaînes alimentaires. Les mammifères jouent souvent un rôle écologique qui est disproportionné par rapport à leur abondance numérique. Ainsi, de nombreux mammifères peuvent être des prédateurs (régulateurs) ou encore jouent un rôle important dans la dissémination des graines ou de la pollinisation. Le rôle que jouent les mammifères dans les écosystèmes du Nord est si divers qu’il est difficile de généraliser. Malgré leur diversité en espèces relativement faibles par rapport à d’autres groupes d’animaux, les mammifères ont un impact important sur la biodiversité et le couvert végétal de la Région du Nord Cameroun.

Comment se fait la prise en charge des espèces dans les aires protégées ?

En effet, les services de la conservation ont mis sur pied des dispositifs de suivi écologique variés et variant d’un parc à l’autre en fonction de certaines spécificités propre à leurs contextes. Ces dispositifs de suivi écologique de la faune et en l’occurrence des espèces protégées, nous permettent et nous renseignent sur leurs déplacements, sur les points chauds, leur répartition, leur présence ou absence, leurs éthologies et leur densité. Les informations qui en découlent, nous permettent d’apporter des réponses appropriées en fonction des scénarios.

Quels sont les problèmes rencontrés dans le suivi des espèces fauniques, notamment les grands mammifères ?

Les problèmes rencontrés lors du suivi écologique des grands et moyens mammifères sont diverses. Notamment : le manque d’équipement adéquat, le manque de moyen financier, la situation sécuritaire préoccupante véhiculée par une transhumance caractérisée par les prises d’otages avec pour refuge les aires protégés, le manque de personnel qualifié.

La Covid-19 a-t-il influencé le bon suivi des espèces protégées ?

Malgré la pandémie du Covid-19, les activités de suivi des grands et moyens mammifères dans les aires protégées n’ont pas vraiment été influencées. Les Parcs Nationaux demeurent un laboratoire vivant de recherche scientifique accueillant en moyenne 200 étudiants venant des universités et grandes écoles du pays et d’ailleurs. Par ailleurs, les activités de lutte anti-braconnage ont été quelque peu influencées, notamment dans les zones de chasse où l’on a assisté à une diminution du personnel par les amodiataires, ceci en conséquence des difficultés économique et sanitaire qu’a engendré la pandémie.

Quel est le degré de survenance des problèmes de trafic illicite, notamment le braconnage dans la région du Nord ?

Le braconnage dans les aires protégées est un vrai fléau pour cette biodiversité. Il figure parmi les menaces majeures de la conservation. Sans cesse en perpétuelle mutation de technique, les braconniers ne lésinent pas sur les moyens utilisés ; allant parfois jusqu’à utiliser des armes de guerre. Nous nous souvenons ainsi des braves soldats du BIR qui ont le sacrifice suprême pour la conservation de cette biodiversité en 2018 dans le parc national de Bouba Ndjidda. C’est vous dire la gangrène qu’est le braconnage et quelle pression subit cette biodiversité.

Quel est l’état actuel de l’évolution de la population des lions dans le complexe de la Bénoué ?

Pour ce qui est de l’état actuelle de la population de lion dans le parc national de la Bénoué, je ne saurais répondre par la négative ou l’affirmative, simple. Parce qu’au-delà du suivi, des études complémentaires doivent être menées pour faire la lumière et apporter des éléments de réponse à cette question.

Quelles sont les zones de chasse associées aux trois parcs qui constituent le complexe de la Bénoué ?

L’Unité technique opérationnelle (UTO) de la Bénoué est d’une étendue totale de 700 208 ha, composée en plus de l’aire centrale, qui est le parc national de la Bénoué, d’une superficie de 180 000 ha et de huit zones d’intérêt cynégétique dont six gérées en affermage et deux en régie. Il est entouré de plus d’une soixantaine de village avec une population humaine évaluée à plus de 40 160 habitants et constitué des Dii, Peulhs et de nombreux migrants venus de l’Extrême-Nord du Pays. C’est vous dire la complexité de la zone et les menaces résiduelles dont fait face l’UTO Bénoué.

Réalisé par Jérôme Baïmélé à Garoua.

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