Santé : Belabo enregistre plus de 51% de cas d’onchocercose à l’Est
prise en charge des maladies tropicales négligées au Cameroun en 2016

A cause de sa proximité avec le fleuve Sanaga, le district de santé de cette localité du Lom-et-Djérem récemment créé se présente comme la zone la plus endémique à cette maladie tropicale négligée. Selon les données de la Santé publique, les populations des 7 aires de santé sont à 100% exposées et constituent 51% des malades de la région.

Depuis plus d’une dizaine d’années, Mpa Mpa souffre de cécité de rivière. Le diagnostic est établi par les responsables du district de santé de Lomié dans le département du Haut-Nyong, région de l’Est. Ce sexagénaire, originaire du village Zoulabot, présente l’une des conséquences les plus ahurissantes de l’onchocercose dans les zones endémiques de la région. « C’est vers 1970 qu’il a commencé son travail de passeur du bac de Zoulabot sur le fleuve Dja pour permettre aux voyageurs en provenance de Lomié pour Ngoyla de traverser le fleuve en aller et au retour.   Après plus de 30 ans dans cette activité à risque, Mpa Mpa est devenu aveugle du fait des piqûres constantes de la « simulie ou mout-mout » parce que cette zone est hyper endémique à l’onchocercose », regrette un infirmier du district de santé de Lomié.

A cause de sa cécité, le sexagénaire vit dans de conditions précaires à Zoulabot. « Il est abandonné à lui-même et vit de pitance », indique l’infirmier. Plus grave et selon Payuele Marius, point focal des maladies tropicales négligées (MTN) à la délégation régionale de la Santé publique, « Mpa Mpa est devenu aveugle avant le début du programme onchocercose à l’Est en 2005, dont il n’est plus possible de le traiter ».

Selon Claudius Wanyeh, expert en santé publique, « la région de l’Est, du fait de sa situation hydraulique, caractérisée par une multitude des fleuves (Kadey, Dja, Sanaga, Boumba, Ngoko, Dja Dombé, Doumé, Nyong, Lom, Pangar, Bombé) est une zone endémique à l’onchocercose ». Malgré le cas dramatique de Mpa Mpa dans le district de santé de Lomié, les statistiques de la Santé publique placent plutôt Belabo dans le département du Lom-et-Djérem avec 54 villages et 8 aires de santé comme la zone la plus endémique.

Adolphe Nwelndje, chef de bureau du partenariat au district de Bélabo, relève que « ce district de santé créé le 27 avril 2021, regorge 07 aires de santé et abrite la plus forte population à risque à l’onchocercose dans la région de l’Est ». Ainsi, les populations des aires de santé de Diang, Bombi, Mbethen, Belabo, Deng-Deng, Ndemba 1 et Mbitom sont à 100% exposées à l’onchocercose à cause de leur proximité avec le fleuve Sanaga et constituent 51% des malades de la région. « Nous vivons avec les « mout-mout » depuis notre naissance et on est habitué », lance Raphael Ze, un cinquantenaire, riverain du fleuve Sanaga à Belabo.

Financement

Avec l’appui technique et financier de l’ONG Helen Keller International, le ministère de la Santé publique mène une lutte acharnée contre l’onchocercose au Cameroun en général et dans le district de santé de Belabo en particulier. C’est dans ce sens que les financements mobilisés à travers le programme « Act to End Neglected Tropical Diseases (NTD) » couvrent les activités de « planification stratégique, la mobilisation sociale, la sensibilisation des populations, les formations des personnels de santé et des distributeurs communautaire (DC), l’approvisionnement et la gestion de divers intrants, la supervision des activités en vue de l’assurance qualité et enfin, le suivi évaluation ». D’après Helen Keller International, « près de 2 000 personnels de santé et 38 000 distributeurs sont déjà formés dans tout le pays pour lutter contre l’onchocercose ».

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Pour intensifier cette lutte, les districts de santé de Bertoua et Belabo se sont réunis en septembre 2021 pour explorer des pistes d’améliorer la lutte qui se fait par le traitement de masse à l’ivermectine sous directive communautaire (TIDC) (Mectizan), menée par les distributeurs communautaires. Malheureusement, et selon les responsables de ces deux districts de santé, l’analyse des données des années antérieures a révélé que chaque année, environ 25% des distributeurs communautaires formés démissionnent à cause de l’absence de rémunération.

C’est ainsi que le nouveau district de santé de Belabo a sollicité l’appui d’Helen Keller pour organiser un plaidoyer auprès des autorités administratives, municipales, traditionnelles et des entreprises du secteur privé en faveur de la campagne de distribution de masse du Mectizan. Au cours des assises, Serge Kaldjeu, représentant du sous préfet de Belabo a instruit les chefs des villages à toujours réserver un accueil favorable et d’octroyer les appuis et soutien nécessaires aux distributeurs communautaires du Mectizan chaque année.

Rappelons que l’onchocercose tout comme la schistosomiase, les vers intestinaux et la filariose lymphatique fait partir des maladies tropicales négligées qui sévissent dans la région de l’Est. Elles sont les maladies transmissibles qui affectent les populations les plus pauvres et les plus vulnérables. Pour les experts de la santé publique, « ces maladies défigurent et provoquent des handicaps, empêchent les enfants d’aller à l’école et les parents de travailler. Elles provoquent aussi des retards de croissance chez les enfants, limitant ainsi le potentiel de la population à participer pleinement au développement de leurs communautés ». Claudius Wanyeh estime enfin que, la meilleure stratégie de lutte demeure la sensibilisation des populations à risque à accepter le Mectizan gracieusement offert par le gouvernement et ses partenaires chaque année.

Sébastian Chi Elvido à l’Est

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