Consommation : « Le changement des habitudes alimentaires est primordial »
Simon Ombgba Belinga, Délégué régional du Commerce pour le Littoral revient sur la hausse du prix du pain et des mesures palliatives prises par le gouvernement pour résorber cette situation.

Le prix de la baguette de pain est en hausse depuis plusieurs semaines au Cameroun. Pourquoi le gouvernement ne s’est toujours pas prononcé sur ce sujet officiellement ?

Vous savez que depuis un certain temps, le Cameroun vit des instances particulièrement fluctuantes au niveau du flux commercial du fait de la forte préaction de la maladie à Coronavirus, qui a déstabilisé l’économie mondiale. Il y a également la guerre qui se passe actuellement entre la Russie et l’Ukraine, étant entendu que ces deux pays sont de très grands producteurs et exportateurs de blé, du coup, la résilience était insoutenable chez les industriels et les producteurs. Et vu la pertinence des doléances qu’ils ont posées au gouvernement, il a donc consenti cette hausse exceptionnelle de 5 000 F par sacs de farine de 50 Kg et par ricochet, les dérivés des produits comme le pain ont connu également une tendance haussière. Je veux ici vous certifier que la baguette de pain de 200g est passée de 125 F Cfa  à 150 F Cfa. Je peux vous assurer que le poids du pain de 200g est effectivement respecté. Et comme mesures palliatives, nous ne pouvons qu’encourager, la consommation du Made in Cameroon. C’est-à-dire que les consommateurs intègrent d’autres habitudes alimentaires qui donnent pour priorité les produits Made in Cameroon, et le gouvernement est en train de voir dans quelles mesures il faut booster le secteur productif qui pourrait peut-être accentuer la production de la farine à partir du manioc, de la patate, de l’igname, du plantain… Que ceux qui ne peuvent pas se procurer du pain apprennent à se contenter de ce qu’on peut trouver localement, qui contribue également à l’alimentation humaine.  Donc effectivement, le gouvernement a consenti cette hausse, et elle n’est pas seulement au niveau de la farine ou des produits dérivés du pain.

Y-aurait-il d’autres décisions  prises par le gouvernement ?

Le gouvernement a également consenti une hausse au niveau du ciment. Le 42.5 qui était vendu à 4 600 F Cfa à Douala, est déjà à 5 100 F Cfa. C’est l’Etat qui a consenti ce prix-là, parce que nous notons une insoutenabilité au niveau de la résilience des opérateurs économiques qui ne peuvent pas soutenir les charges, vu la complexité économico-commerciale que l’on constate aussi bien dans l’espace de l’Union Européenne, qu’en Chine ou en Amérique. Et bien évidemment, le conflit Russo-Ukrainien est venu plomber toutes les économies, et ce n’est pas l’apanage du Cameroun. Nous voyons des interférences en France, aux Etats-Unis, en Occident. Ce que je dois dire pour l’économie camerounaise, c’est comme l’a dit S.E Paul Biya, c’est se retrousser les manches. Les perspectives ne sont pas au vert, elles semblent être au rouge. C’est vrai que les gouvernements à travers le monde sont en train de travailler dans le sens de limiter au minimum ce fort impact lié à la guerre.

Vous dites que les opérateurs économiques ne pouvaient pas soutenir la charge. Quand est-il des consommateurs ?

Malheureusement, le consommateur final subit de plein fouet tout ce soubresaut et nous osons croire que le gouvernement est en train de travailler dans le sens de supporter, compenser pour minimiser les charges subies par les consommateurs. Il faut maximiser les mesures palliatives qui passent inévitablement par le changement de comportement alimentaire, c’est la première mesure palliative. Ça doit passer par les conversions alimentaires.Si on consommait du pain et on n’est plus capable de le faire, on peut se rabattre à son manioc qu’on a laissé le soir, ou bien à son riz, parce que si rien n’est fait, même les beignets peuvent connaitre une hausse. Donc parallèlement, l’Etat est en train de travailler dans le sens de maintenir, d’achalander les différents marchés. Peut-être que le gouvernement aurait fait un peu plus en maximisant les actions de relèvement du pouvoir d’achat des camerounais, mais le changement des habitudes alimentaires est primordial.

Le pain est-il le seul produit qui connaitra une flambée de prix ?

Nous parlons du pain, mais ce ne sera pas seulement le pain qui connaitra une hausse. C’est-à-dire que ce sont tous les dérivés de la farine qui connaitront une certaine flambée. Les perspectives de l’économie mondiale à l’heure actuelle présentent une visibilité assez brouillée aussi bien au niveau de la farine qu’au niveau de la volaille, de l’agriculture et de bien d’autres produits. Parce que nous avons à l’heure actuelle, un gros problème d’intrants, de la matière première et des engrais. La Russie est l’une des grandes exportatrices des intrants, et maintenant qu’elle a d’autres préoccupations, ça plombe la productivité en Afrique, qui particulièrement, subit de plein fouet toutes ces choses-là. Le gouvernement fait tous ses efforts pour atténuer l’impact de ces désagréments. Mais, ce n’est pas très probant. C’est pour cela qu’il faut booster l’esprit de résilience des camerounais, parce que c’est aussi ça qui peut nous amener à changer nos habitudes alimentaires. C’est ça qui peut aussi booster le gouvernement à encourager les actions de création de produits consommés. C’est pour cela que le gouvernement est en train de faire tous les efforts pour encourager le Made in Cameroon.

Comment vous y prendrez-vous ?

Vous allez constater que depuis pratiquement 5 ans, on essaie de faciliter le process pour que les gens aient un certain nombre d’intrants, avec des facilités douanières et tout ce qui va avec, c’est pour réduire le coût. Les choses ne sont pas chères au Cameroun comparativement aux autres pays. Le problème c’est que c’est le pouvoir d’achat qui est tellement faible. Malheureusement ici, le pouvoir d’achat est beaucoup plus faible par rapport à l’offre. Le coût de vie est très élevé et le pouvoir d’achat au Cameroun est très faible. Le gouvernement va donc encourager la productivité au niveau du Made in Cameroon auquel doit se pencher le relèvement du pouvoir d’achat. Mais pour le moment, l’action patriotique passe aussi par là. On a encore un long parcours de la maitrise sur ce qu’on produit et ce qu’on consomme, même si c’est cher. Mais comme c’est nous qui produisons, faisons l’effort d’acheter, et ça va amener nos concitoyens à développer l’industrie. Et plus l’industrie est grande, moins les choses sont couteuses.

Comment penser à la farine faite à base des produits tels que le manioc, alors qu’on n’arrive toujours pas à industrialiser nos matières premières ?

Là ça devient un problème de politique publique. Lorsqu’on a évoqué toutes ces mesures palliatives, c’était pour promouvoir le Made in Cameroon. Il faudra savoir que les efforts sont faits dans ce sens, mais vous m’avez suivi, j’ai dit que le gouvernement est en train de mettre en place un certain nombre de stratégies. Et lorsqu’on parle de la réorientation des intrants à partir des éléments comme le manioc et la patate, il faudrait que le gouvernement mette en place des stratégies capables de booster la production de ces produits-là. Des actions qu’on réalise du jour au lendemain, il faut y penser. L’indépendance alimentaire, celle qu’on pourrait acquérir face à la dépendance intérieure passe par là.

Propos recueillis par Michèle EBONGUE

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