Filière tabac : plus de 7500 planteurs abandonnés à eux-mêmes à l’Est
Une plantation de Tabac

Comme en 1992 lorsque l’Etat avait fermé la SCT, le ministère de l’Agriculture et du développement rural a mis fin aux activités du Projet national d’appui au développement du tabac et des plantes stimulantes, laissant ces milliers de tabaculteurs dans le désarroi.

« Les planteurs n’ont aucune couverture sanitaire, ils ne bénéficient pas de la sécurité sociale, ils n’ont aucune garantie pour la retraite et vivent dans des habitations précaires après avoir passé 09 mois chaque année en brousse pour cultiver le tabac qui génère des centaines des millions aux acheteurs ». Tel est l’état des lieux des acteurs de la filière tabac à l’Est dressé par Jean Nargaba, planteur dans le département de la Kadey depuis 35 ans. Il ajoute que «nous sommes carrément exploités par les sociétés commerciales qui ont pour seul intérêt, le ramassage de notre production à vil prix. Ils le font parc qu’ils savent que nous ne connaissons pas comment on peut vendre le tabac au marché mondial. Ils profitent dont de notre naïveté et pauvreté ». Notre interlocuteur est presqu’avec les larmes aux yeux lorsqu’il apprend que l’Etat à travers le ministère de l’Agriculture et du développement rural (MINADER) a mis fin aux activités du Projet national d’appui au développement du tabac et des plantes stimulantes (PNADTPS). En effet, par décision No 00026 du 17 février 2020, Gabriel Mbairobe, ministre de l’Agriculture et  du développement rural a procédé à la restructuration des projets et programmes financés par le budget d’investissement public (BIP) et le FODECC. Parmi les 13 projets dont les activités ont été arrêtées définitivement figure le Projet national d’appui au développement du tabac et des plantes stimulantes, logé à la Délégation régionale du MINADER à Bertoua. Pour mettre en application cette décision, les responsables centraux du MINADER sont venus récupérer le véhiculé de service utilisé sur le terrain. « Pour le moment, le matériel informatique est encore dans les bureaux, il faut juste une décision du ministre pour indiquer où sera affecté ce matériel », précise Joseph Woumké,  Coordonnateur national sortant.

Déception

« L’arrêt de ce projet signifie que nous sommes totalement abandonnées à nous-mêmes », déplore Jean Nargaba. De son côté, Bernard Gaétan Bangda, Président du East Think Tank Leaders Action (ETT-LA), une plateforme de la société civile pour le développement socioéconomique de l’Est est aussi déçu par la décision du MINADER. « Généralement la fermeture d’un projet a des impacts négatifs sur le secteur puisqu’il va provoquer la cession des activités de certains acteurs. Pour ce qui du tabac, je dois dire que les fonds mis à la disposition de ce projet par l’Etat, soit entre 50 et 60 millions de Frs démontrent le peu de volonté de l’Etat à soutenir la filière. Deuxièmement, la mise à disposition de ces fonds dévoile la navigation à vue de l’Etat qui semblait ne pas maitriser le nombre d’acteurs et les coûts de production utilisés chaque année par acteur et le nombre des producteurs à financer. Pour tout dire, depuis la déchéance de la SCT en 1992, l’Etat ne maitrise plus rien dans cette filière qui est pourtant une grande source d’emploi et de revenu pour les populations», affirme-t-il.        

Le Projet tabac en effet encadrait les planteurs et octroyait chaque année des appuis en matériel agricole, les intrants et l’appui conseil. « Par an on distribuait solennellement lors des mini comices agropastoraux  le matériel agricole d’une valeur de 50 à 60 millions aux planteurs sans compter les conseils techniques sur les méthodes culturales», indique l’ex Coordonnateur national. Ces actions ont permis d’une certaine manière de relacer cette filière qui emploi des milliers de personnes dans la région de l’Est avec un impact sur le PIB à travers la vente des tabacs au marché mondial. L’arrêt des activités du PNADTPS va ainsi impacter négativement sur la production tandis que les planteurs sont abandonnés à la merci des sociétés commerciales qui ont pour seul intérêt, l’achat de la production à vil prix pour revendre à prix d’or au marché mondial.

Valeur économique

La culture de tabacs était l’une des principales sources de revenu et d’emploi aux populations de l’Est après l’indépendance. Pour encadrer les planteurs dans la production et conditionnement, l’Etat avait créé la Société camerounaise des tabacs (SCT), société paraétatique. Malheureusement, à cause de la crise économique en 1992, la SCT a cessé ses activités laissant les planteurs et les employés dans le désarroi. Depuis ce temps, il y a eu plusieurs initiatives pour relancer la culture. A titre indicatif, la production régionale pour la campagne 2019 est estimée à 725 tonnes des tabacs. Lors de la campagne agricole 2018, et selon les statistiques du PNADTPS fermé aujourd’hui,  « 625 tonnes du tabac de Cape et 328 tonnes du tabac de Coupe ont été produits  par 7500 producteurs dans les départements du Lom-et-Djerem et la Kadey». En termes de valeur économique, le prix d’un kilogramme de tabac selon diverses sources, varie entre 1000 et 2000 Frs selon la qualité. Ce qui revient à dire que pour la campagne agricole 2018, les 625 tonnes du Cape et 328 tonnes de Coupe ont généré un minimum de 953.000.000 Frs Cfa auprès des producteurs et lorsqu’on considère que ce prix est pratiquement triplé au marché mondial, cela revient à dire que la filière tabac peut générer plusieurs milliards de Frs Cfa par an au PIB.

Sébastian Chi Elvido à Bertoua

 

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