Lom Pangar :  la production annuelle du poisson chute de près de cinq cent tonnes depuis 2021
Une vue de la retenue d’eau du barrage de Lom Pangar à Ouami

Chute de la production du poisson à Lom Pangar année 2021

Avec un rendement annuel de près de 1500 tonnes entre 2015 à 2020, le secteur de pêche connait une chute drastique ces quatre dernières années, avec moins de mille tonnes produits chaque année depuis 2021 La production annuelle du poisson à Lom Pangar. A l’origine, les mauvaises pratiques, la pêche illégale … des actes attribués aux six mille pécheurs qui exploitent la retenue de 6 milliards m3 d’eau de Lom Pangar.

Mekatouma, est une femme complètement abattue au moment de notre entretien le 7 mars 2024. Ce jour au débarcadère d’Ouami, non loin du barrage de Lom Pangar, située à plus de 60 km de Belabo dans la région de l’Est, cette femme, la quarantaine révolue, nettoie des petits poissons. Un butin qu’elle a collecté auprès des pêcheurs La production annuelle du poisson à Lom Pangar. Ces poissons seront par la suite fumés avant d’être vendus.  « Je suis installée ici depuis 2017. Mon activité consiste à acheter le poisson frais auprès des pécheurs, nettoyer, fumer et revendre aux clients. Avant il y avait le poisson en quantité, le marché tournait, mais depuis deux ans, il n’y a plus rien », se lamente cette commerçante.

Non loin de cette vendeuse, une dizaine de pêcheurs sont couchés sur les nattes, épuisés par la canicule. Sur les berges, une dizaine de pirogues sont rangées. « Nous n’avons rien à faire », déplore l’un des pêcheurs La production annuelle du poisson à Lom Pangar. L’ambiance observée à Ouami ce jour, à en croire les pêcheurs, contraste avec celle qui a existé entre 2015 et 2020.

En effet, suite à la mise en eau du barrage hydraulique de Lom Pangar en septembre 2015, le village Ouami a connu une intense activité de pêche caractérisée par le flux massif des pêcheurs en provenance majoritairement du Nord Cameroun et de la région du Lac Tchad (une zone qui s’étend de l’Extrême-Nord Cameroun, au Nord-Est du Nigéria, à  l’Ouest du Tchad et au  Sud-Est du Niger), du fait de l’insécurité suite aux exactions de la secte Boko Haram. D’après Moussa Mindjiwa, représentant du chef du village, la population d’Ouami est passée de moins de 2 000 à plus de 10 000 âmes, avec comme conséquence, le développement de plusieurs activités socio-économiques autour de la pêche.

Une vendeuse de poissons au débarcadère d’Ouami
Une vendeuse de poissons au débarcadère d’Ouami

« Nous sommes installés ici depuis 2015. Les activités marchaient bien. Entre 2016 et 2018, de milliers de tonnes de poisson étaient produits et les acheteurs venaient de partout, du Cameroun et des pays voisins. On est organisé en deux grands groupes ; les pêcheurs et les vendeurs. Mais depuis 2 ans, l’activité a connu une chute drastique. Il n’y a plus de poisson », regrette, Bouba Amiri Wazeri, chef de la communauté musulman d’Ourmi.

Selon les experts d’Electricity Development Corporation (EDC), société publique en charge du barrage, l’activité de pêche artisanale dans la retenue de 6 milliards de m3 de Lom Pangar est capable de produire 1500 tonnes de poissons pour des revenus annuels estimés à environ 40 milliards de F Cfa. Malheureusement, depuis 2021, et selon les statistiques du poste de contrôle de pèche d’Ouami du ministère de l’Elevage, de la pêche et des industries animales (MINEPIA), « la production a connu une chute considérable ». Moins de 1000 tonnes  de poissons sont récoltés par an.

Pêche illégale

La chute de la production du poisson est le résultat direct de la pêche illégale à travers l’utilisation des barrières interdites pourtant par « l’arrêté N0 0002/MINEPIA du 01 août 2001 fixant les modalités de protection des ressources halieutiques ». En effet, l’article 2 alinéa 1 du chapitre 1 de cet arrêté stipule que « toutes les zones identifiées comme habitats sensibles des poissons notamment les nurseries, les lieux de refuge sont interdits à la pêche » La production annuelle du poisson à Lom Pangar. L’article 3 du chapitre 2 du même arrêté indique pour sa part qu’« il est institué dans l’ensemble des eaux sous juridiction camerounaise un repos biologique correspondant à la période de reproduction, de croissance des juvéniles d’une espèce ou d’un groupe d’espaces cibles ».

En plus, l’article 6 du chapitre 3 précise clairement que « l’usage des engins et méthodes de pêche ci-après désignés est strictement interdit sur l’étendue du territoire national : sennes de plage, filet épervier, nase, paniers filets maillants dont la maille est inférieure à 40 mm, ligne d’hameçon non appâté, barrage à travers le lit d’un cours d’eau ».

La production annuelle du poisson à Lom Pangar Péril sur la production locale

A en croire Aurèlie Eliane Tsimade, chef de poste de contrôle de pêche d’Ouami, les dispositions de l’arrêté cité plus haut ont systématiquement été violées dans les multiples campements autour de la retenue. Face à cette dérive, les responsables locaux du Minepia, en collaboration avec les forces de sécurité, ont engagé une vaste opération de destruction des barrières dressées illégalement par les pêcheurs.

Ils ont également sensibilisé ces derniers à ne plus donner de l’argent à certaines autorités comme condition pour faire les barrières. « Dans mon bureau actuellement j’ai plus de 50 barrières détruites depuis 2 ans », souligne le chef du poste. Par ailleurs, la même opération s’étend sur le recouvrement des recettes liées à l’activité de la pêche car selon les textes, les commerçants doivent payer la somme de 5000 F Cfa pour obtenir l’attestation de manipulation des produits halieutiques et les pêcheurs 6000 F Cfa pour obtenir un permis de pêche La production annuelle du poisson à Lom Pangar. Or, sur le terrain et d’après les statistiques du poste de contrôle d’Ouami, « sur environ 6000 pêcheurs, mois de 100 sont détenteurs d’un permis de pêche ».   

La situation qui prévaut à Lom Pangar est un coup dur sur la production du poisson au Cameroun. D’après les sources officielles, les importations de poissons congelés coûtent annuellement environ 100 milliards de F Cfa. Pour réduire ce coût, le gouvernement s’est engagé à accroitre sa production halieutique. Ceci justifie l’objectif d’une réunion en avril 2021 entre le MINEPIA, Dr Taïga et Théodore Nsangou, directeur général d’EDC La production annuelle du poisson à Lom Pangar. Il était question de développer des activités de pêche à l’échelle industrielle sur le barrage de Lom Pangar à l’effet de satisfaire les besoins du pays en poissons et réduire les importations. Face à la rareté de la ressource, les pêcheurs recensés à Ouami se sont convertis en agriculteurs.

Sébastian Chi Elvido à l’Est

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