Marchés frontaliers : A l’Est, des projets inachevés ont couté plus de 1,5 milliards Fcfa à l’Etat

Projets non maturés, inachevés ou construits sur des sites inappropriés depuis environ 7 ans dans le cadre des marchés frontaliers, aucun n’est fonctionnel jusqu’au moment où nous allions sous presse. Pourtant, ces infrastructures devaient booster l’économie dans les localités de Garoua-Boulaï, Gari-Gombo et Socambo. 

 A Garoua-Boulaï, ville frontalière avec la République Centrafricaine, dans la région de l’Est « l’absence d’une carrière » bloque l’avancement des travaux du marché frontalier. Un véritable gâchis au regard des bâtiments abandonnés dans la broussaille et vandalisés. Même le matériel que l’entreprise a acheté et stocké en vue du redémarrage des travaux a été emporté par des vandales selon les riverains. Le chantier est en arrêt depuis des années. Pourtant, les travaux étaient exécutés à 40% au moment de la première interruption, le 09 novembre 2016.

D’après une source à la délégation régionale de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (MINEPAT) pour l’Est, « un décompte d’un montant de 141.109.745 F CFA a déjà été payé au prestataire ». Toujours est-il que, pour justifier cet arrêt des travaux, l’entreprise excipe des « surcoûts liés au transport du gravier ». L’entrepreneur déclare avoir dépensé pour cela 187.058.872 F Cfa par rapport au marché initial. Soit près de 22% du montant global du marché qui est de 866.813.088 F CFA, et environ 68% de ce qui est prévu des 277.073.150 F Cfa de cette première tranche ferme.

A la délégation régionale des Travaux publics (MINTP) de l’Est et au Minepat, nos sources indiquent que « l’entreprise avait prévu au départ de se ravitailler en gravier dans une carrière sur la route de Meiganga ». Malheureusement dans la zone, la matière recherchée se fait de plus en plus rare. Même les espoirs placés sur la carrière d’Ebaka, un village de la commune de Bélabo située à près de 350 km de Garoua-Boulaï ont fondu comme du beurre au soleil. La société Camrail qui l’exploite ne veut plus vendre le produit du fait de sa raréfaction. « Il ne restait plus que la solution de Yaoundé pour nous approvisionner en gravier, soit à près de 700 km du site du projet », explique Jérémie René Tchuenkam, le Dg des Ets New Services TJR.

A en croire notre source à la délégation régionale de Mintp, « l’entreprise New Services TJR a obtenu une prorogation des délais et un réajustement des surcoûts pour l’approvisionnement en gravier ». Du côté de l’entreprise, son Dg est toujours résigné sur les pertes : « Nous allons supporter les coûts des dégâts subis sur le chantier car, selon les termes du contrat, nous sommes responsables de la sécurité du site des travaux ». Pour rappel, ce projet de construction du marché frontalier de Garoua-Boulaï est le lot n°3 des travaux de construction des marchés frontaliers dans certaines localités du Cameroun (phase pilote), objet d’un marché passé après l’appel d’offre national ouvert du 12 juillet 2015. Selon l’ordre de service signé le 2 novembre 2015, les travaux, évalués à près de 900 millions F Cfa, et entièrement financés par le budget d’investissement public (Bip), exercice 2015, devaient s’achever en 16 mois.

Gari-Gombo : une affaire de ligne budgétaire

De ce côté, les Ets Manu Sarl pensaient avoir décroché le jackpot. Avec enthousiasme, les travaux avaient été lancés en novembre 2014 pour un financement initial d’environ 400 millions F Cfa. En un mois, le bloc administratif, les fondations et poteaux du premier hangar, le bloc des toilettes jusqu’au chainage, 3 blocs de 05 boutiques (début de crépissage) étaient déjà réalisés. « Sur la qualité des travaux déjà effectués, les ouvrages mis hors d’eau peuvent être considérés comme exempts de détérioration. Pour ceux des travaux exposés aux intempéries (poteaux pour hangar, bloc latrine, boutiques) des sondages sur leur stabilité devront être effectués avant toute reprise des travaux », peut-on lire dans le rapport de la délégation régionale du Minepat sur le suivi de la construction des marchés frontaliers dans certaines localités de la région de l’Est en 2020.

Dès la présentation des premiers décomptes, les Ets Manu Sarl apprennent l’absence d’une ligne budgétaire affectée à ce projet, après avoir dépensé environ 200 millions F Cfa. Finalement, le chantier a été arrêté. Selon des sources proches de l’entreprise, l’espoir est de nouveau permis depuis le 4 août 2021. En fait, le Minepat a instruit la reprise des travaux à son délégué départemental de la Boumba et Ngoko. Mais pour arriver là, il a fallu l’intervention du gouverneur de l’Est. Lors d’une descente sur le site de construction de cet ouvrage en mars 2018, Grégoire Mvongo a engagé un plaidoyer auprès des ministères concernés pour sauver ce projet.

Une vue du marché de Garoua-Boulaï. Les travaux sont à l’arrêt

Au cours de la cérémonie d’inauguration de la station-service pilote de Gari-Gombo en février 2021, le maire de cette commune avait présenté au ministre du Commerce l’urgence de relancer les travaux de ce marché frontalier qui pour lui « va participer à la concrétisation de la volonté du président de la République d’inscrire le Cameroun dans la liste des pays appliquant l’accord sur la zone de libre-échange continental africaine ». D’après nos sources, l’entreprise a déjà souscrit à l’avenant de 287 millions F Cfa et n’attend plus que le visa budgétaire et l’ordre de service du maire pour relancer les travaux.

 300 millions F Cfa enterrés gratis

A Socambo, l’infrastructure est déjà achevée. Elle n’attend plus qu’à être utilisée. L’ouvrage construit en trois phases par les Ets Douanla et Frères a coûté 300 millions F CFA à l’Etat du Cameroun. Il a même été réceptionné. Seulement, il est inexploité depuis lors. Au départ, apprend-t-on de la délégation régionale du Minepat, ce marché était destiné à Moloundou, le chef-lieu de la commune éponyme, dans le département de la Boumba-et-Ngoko. Une ville frontalière connaissant une importante activité agroéconomique et un flux d’échanges important du Cameroun vers le Congo-Brazzaville. « Là-bas, cette infrastructure aurait pu jouer pleinement son rôle. Mais, pour des raisons qui échappent à toutes les études économiques, le maire de l’époque avait déplacé le projet pour la localité Socambo qui souffre de la rude concurrence du marché frontalier de Ouesso, troisième ville congolaise située à quelques encablures de là. Un marché d’ailleurs très fréquenté par les camerounais de Socambo puisque c’est la ville d’origine du président congolais, Denis Sassou Nguesso », souligne notre source.

Une réflexion est alors entreprise par la représentation régionale du Minepat de l’Est pour capitaliser cet espace marchand abandonné. Il s’agit « de saisir l’opportunité de la proximité de Socambo et Ouesso pour faire de la localité camerounaise le grenier de sa riveraine congolaise ». Dans l’idée des concepteurs de cette stratégie, le marché Socambo deviendrait alors un « centre de production, de stockage et de distribution de spéculations qui inonderaient le marché de Ouesso ». Pas seulement, Socambo serait également un point de départ du ravitaillement des marchés de Douala, du Sud Cameroun, du Gabon et de la Guinée équatoriale. Pour cela, les futurs producteurs comptent sur la route bitumée Ouesso-Mintom.

Ange-Gabriel OLINGA BENG à l’Est

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