Nord : Plus de 13 000 départs de feu enregistrés dans les aires protégées en 2021

Le phénomène va grandissant dans les trois parcs nationaux que compte la région. Cela entraine, au passage, des dégâts sur la flore et la faune. Les mois de janvier, février et décembre sont les plus affectés.

Au mois de février 2021, plusieurs hectares de bananerais sont partis en fumée consumée par les flammes à Paksé, un village situé à l’ouest de l’arrondissement de Poli, département du Faro, région du Nord. « C’est un chasseur qui recherchait un gibier en mettant le feu dans le buisson. Avec la ventilation atmosphérique, le feu s’est propagé et a détruit toute la plantation », a affirmé un riverain.

En saison sèche, la partie septentrionale du Cameroun est confrontée, mainte fois, à l’épineux problème de feu de brousse. Ce problème se pose avec urgence dans les aires protégées. C’est le cas des aires protégées de la région du Nord, régulièrement exposées aux affres de ce phénomène.

Cet espace géographique reparti sur une superficie de 66.090 Km2 dispose de trois parcs nationaux à savoir le parc national de la Bénoué, de Bouba Ndjidda et du Faro. Ces trois parcs nationaux couvrent au-delà de 30% de la superficie totale de la région. Le feu de brousse est une incendie qui se propage sur étendue boisée ou herbeuse. C’est un élément indésirable dans une aire protégée qui est un lieu de protection des animaux et des végétaux. De plus, c’est une violation pure et simple de l’article 14 alinéa 1 du décret du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche : « il est interdit de provoquer, sans autorisation préalable, un feu susceptible de causer des dommages à la végétation du domaine forestier national ».

Les trois zones protégées de la région ont enregistré au mois de décembre 2021, 6 941 départs de feux de brousse. Ces chiffres révélés par le Centre régional de la Recherche et de l’Innovation (CRRI) du Nord, plantent le décor du danger qui circule dans ces espaces. « C’est environ 13 121 départs de feu de brousse enregistrés dans les trois parcs de la région du Nord, du 1er janvier au 06 décembre 2021 », précise Dr Yaya Fodoué, chef service de la recherche au Crri du Nord.

Ces données sont collectées par la National Aeronautics and Space Administration (NAZA). En effet, « la Nasa a installé un dispositif dans les parcs dans le but d’effectuer le décompte automatique à chaque fois que le feu est déclenché quelque part. Pour obtenir ces chiffres, il faut installer l’application dans l’ordinateur et disposer d’une connexion internet. A chaque fois que le feu déclenche, ça te signale si tu es connecté à internet », explique le Dr Yaya Fodoué.

On distingue le feu de brousse tardif qui est le feu allumé en pleine saison sèche (entre février et avril), et le feu de brousse précoce qui est celui déclenché très tôt en début de saison sèche (entre novembre et janvier). D’après le CRRI, 3 459 départs de feu ont été enregistrés au mois de janvier 2021, 898 en février, 1 428 en novembre et au moins 6 941 en décembre. Soit 11 828 départs de feu de brousse précoce.

Causes

Les feux de brousse sont utilisés en agriculture pour l’extension des surfaces de culture et la facilitation du débroussaillage. Ils visent à accélérer la préparation du terrain de culture. Dans ce cas, l’imprudence de certains planteurs dans les pratiques culturales cause la propagation du feu hors de l’espace visé. « On distingue les cause pratiques que sont la recherche du pâturage par les éleveurs et les services de la conservation, et les causes socio-culturelles. Il s’agit de la chasse par des jeunes villageois, les criminels », a identifié Pierre Barnabé Ayissi, délégué régional de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement Durable du Nord.

Conséquences

Les feux de brousse ont un impact considérable sur la population. Des cultures partent en fumée avant la récolte. C’est le cas du maïs, du mil pour les céréales et du coton pour les cultures maraichères. L’absence des herbes met l’élevage à genou. « Sur la population, on a la destruction des plantations agricoles, des habitations, le risque de maladies pulmonaires. Sur l’environnement, on peut citer la perte de la biodiversité (macro et micro flore et faune), la dégradation et la modification du paysage, l’érosion, etc. », a cité Pierre Barnabé Ayissi.

Des pleurs et « grincements » de dents dans les rangs des agriculteurs victimes des ravages des feux de brousse. « C’est le cas du coton déjà prêt à être enlevé, le maïs déjà prêt à casser et le mil à taper. Lorsque le feu passe dévaster, tous les efforts deviennent vains pendant toute la saison. Des familles sont en difficulté chaque année chez nous », confie Dangabbé Hinserbé, un habitant de Madjoldé par Bibémie dans la Bénoué. Ainsi, l’économie locale prend un coup considérable. « Tous les besoins des paysans reposent sur les récoltes. L’accoutrement, l’éducation avec les frais de scolarité des enfants, les besoins de première nécessité, etc., sont résolus grâce à la vente des produits issus des récoltes saisonnières. Lorsque le feu brûle tout, c’est le sinistre, la misère s’installe », explique Moustafa Sadou, natif du département du Mayo-Rey, témoin des réalités dans le parc de Bouba Ndjidda.

La lutte contre les feux de brousse se pose avec acuité dans le Nord. Des compétences ont été transférés par l’État aux Conseils régionaux par le décret du 28 décembre 2021 portant modalités d’exercice de certaines compétences transférées par l’État aux régions en matière de protection de l’environnement. Ainsi, le Conseil régional du Nord est chargé d’élaborer une stratégie efficace de lutte contre les feux de brousse en se basant sur les chiffres de la Nasa, en ce qui concerne les aires protégées. Le système de la Nasa pourra enfin servir à lutter efficacement contre ce phénomène, une véritable gangrène.

Jérôme Baïmélé à Garoua.

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