Médias : « Le Fact-checking est une réponse à la crise de l’information »

Valdez Onanina, Invité en tant qu’expert au Forum international de Yaoundé sur la désinformation, le rédacteur en chef adjoint du bureau francophone d’Africa Check parle de la nécessité de former les journalistes en Fact-checking pour mieux lutter contre les fake-news.

Quelle appréciation faites-vous du fact-checking en Afrique et au Cameroun en particulier ?

Je pense que le fact-checking est en bonne voie en Afrique et le forum de Yaoundé sur la désinformation est une excellente initiative qui va permettre au Cameroun, aux journalistes et aux médias de passer un cap en matière de lutte contre les fake-news. Il est nécessaire aujourd’hui qu’on intègre le fact-checking dans les process journalistiques, qu’on ait surtout l’humilité d’y retourner, parce que le fact-checking, comme j’ai tendance à le dire, n’est rien d’extra. Ce n’est pas une chose à voir de loin, c’est quelque chose qui est normalement consubstantiel à la fonction du journaliste.  Il faudrait qu’on s’y mette davantage. Je pense qu’un forum comme celui-ci qui pour moi a été d’un très grand succès, est un pas très important justement vers la vulgarisation de cette pratique sur notre continent et particulièrement au Cameroun.

Quelles sont les avancées que vous observez dans la pratique ?

Je pense qu’avec le projet Desinfox Afrique, il n’y a pas mal de fact-checks qui sont produits par des journalistes bénéficiaires du programme. C’est déjà quelque chose de très important à souligner. Je pense que si vous aviez demandé aux mêmes journalistes de le faire il y a 2 voire 3 ans, ils n’en seraient pas capables. Ça c’est déjà une avancée. Espérons qu’après ce programme, ils continuent dans ce sens-là et surtout qu’ils dissimulent un peu le virus de fact-checking dans leurs rédactions, avec leurs confrères… afin qu’eux et la génération de journalistes qui viendra, puisse prendre à bras le corps le fact-checking. Non plus une fois encore comme quelque chose d’élitiste, mais vraiment comme une pratique qui est dans l’ère du temps, parce qu’aujourd’hui on est à l’ère de la désinformation. Le fact-checking est une réponse à la crise de l’information et même de la démocratie.

Qu’est-ce que ce forum apporte en plus aux journalistes et fact-checkeurs ?

Je pense qu’il suffit de voir les thématiques qui ont été discutées sur ce forum. J’étais très marqué par les différents sujets qui ont été dégagés, les tables rondes et les master class. Les organisateurs ont su toucher aux questions essentielles qui concernent la lutte contre la désinformation sur le continent et le Cameroun. Je pense que pour cela, il faut féliciter Adisi-Cameroun et Cfi. C’est vraiment un travail de fond qui a été fait. Ensuite il y a les discussions qui ont meublé tous les échanges qu’il y a eu autour. On a eu des panels très riches avec des experts qui sont venus un peu de partout, et je pense qu’il y a forcément des choses à apprendre, des bénéfices à en tirer. Maintenant il ne suffit pas de participer à un tel forum, il suffit de rentrer avec des enseignements et mettre en pratique tout ce qu’on s’est dit et surtout favoriser la synergie entre tous ces journalistes africains ici présents, pour qu’ensemble on puisse se serrer les coudes et lutter contre la désinformation. Ce n’est pas un combat qu’on peut mener seul, ce n’est pas un combat d’ADISI-Cameroun ou de Africa Check et encore moins de Congo Check. C’est un combat qui va être beaucoup plus efficient si on le fait en se serrant les coudes.

Quels sont les défis des journalistes fact-checkeurs ?

L’accès à l’information est un gros défi. Parfois ça ralenti la production des articles, ça fait qu’un fact-check peut intervenir 3 jours après la fausse information. Il y a aussi la formation et je pense qu’il faut multiplier les formations en fact-checking à l’endroit des journalistes. Nous, nous appartenons à une génération de journalistes qui n’a pas forcément connu le fact-checking à l’école comme c’est le cas maintenant. Mais je pense qu’il faut multiplier les formations, encourager les initiatives, au besoin financer les initiatives pour permettre à ces journalistes d’avoir beaucoup plus de volonté, de technique à se mettre dans le fact-checking. Qui une fois encore est vraiment essentiel et peut sans vraiment exagérer, être un facteur de régulation et de cohésion sociale.

Qu’en est-t-il des non journalistes ?

Je pense que les non journalistes doivent juste être des citoyens responsables aujourd’hui. La désinformation concerne tout le monde, ce n’est pas qu’un problème de journaliste, parce que tout le monde doit être averti du problème. Tout le monde doit savoir s’y mettre, être un peu plus responsable, faire attention à ce qu’on partage sur les réseaux sociaux, comprendre que les fausses informations sont très dangereuses. On l’a vu dans des pays comme le Brésil et l’Inde où les fakes news ont causé la mort de centaine de personnes. C’est peut-être le cas au Cameroun, on ne sait pas, mais peut-être qu’il faudrait des études. On doit faire attention surtout dans un pays comme le nôtre, où on vit certaines crises. Je pense que faire du fact-checking ou être citoyen averti face aux fausses informations est une chose vraiment essentielle.

Réalisé par Michèle EBONGUE

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