Nord : A Garoua, la pollution prend des proportions inquiétantes
Caniveaux bouchés au quartier Camp chinois à Garoua

Nord : A Garoua, la pollution prend des proportions inquiétantes

Entre caniveaux bouchés, pratiques d’activités dangereuses et utilisations des produits nocifs dans les aliments, la délinquance environnementale est une menace pour la vie des habitants de cette ville.

Aliou Moussa traverse le carrefour dit de la Beac à Garoua, le nez bouché. « Ça sent mauvais », déplore-t-il. Ce 30 mai 2022, une mare d’eau sale et boueuse traîne sur le bitume. La pluie qui s’est abattue dans la ville la veille a déversé en pleine chaussée les contenus des caniveaux situés en amont. « Ce sont les eaux usées qui proviennent de la prison centrale de Garoua », croit savoir Issa Likamata.

Le coin dégage des odeurs nauséabondes dues aux dépôts des déchets ménagers qui polluent l’atmosphère. Dans les quartiers Bibémiré et fulbere, dans la commune de Garoua 2e, les ordures jonchent les rues malgré les actions de ramassage menées par la société d’hygiène et de salubrité (Hysacam) et différentes sensibilisations menées par les services d’hygiène de Garoua 2.

Nord : A Garoua, la pollution prend des proportions inquiétantes

Dans cette troisième ville la plus peuplée du Cameroun, avec près de 350 000 âmes et un taux de pauvreté de 67,9%, les habitants embrassent plusieurs activités dont certains sont dangereuses tant pour leur propre santé que pour la biodiversité.

Sur les berges de la Bénoué, des jeunes gens fabriquent des « ganouns », une sorte de foyer à charbon faites à base des fers contenus dans les parois des pneus des véhicules. Ces artisans brûlent les pneus à l’ère libre pour extraire la ferraille. « C’est notre activité et on essaie de faire attention à nous. On nourrit nos familles grâces aux revenus engendrés », défend Mathias, l’un des fabricants.

Les responsables en charge de l’environnement recommandent à ces jeunes débrouillards des méthodes moins polluantes. « Ces jeunes doivent s’organiser pour obtenir des financements pour la construction d’un four pour atténuer la fumée toxique qui se dégage. Car, ce procédé réduit l’espérance de vie et a des conséquences graves sur la santé », souligne Pierre Barnabe Ayissi, délégué régional de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDET).

Transport

A Garoua, capitale régionale du Nord, les déchets ménagers et plastiques contribuent à hauteur de 24% à la pollution de l’environnement. D’après le rapport d’enquête de la Giz, c’est le 2è secteur le plus polluant de la ville après celui des transports.  Le secteur des transports contribue à hauteur de 43% des émissions dans la ville de Garoua. La métropole enregistre par exemple un peu plus de 7000 conducteurs de mototaxis. A côté de ceux-ci se greffent les véhicules de service ou personnelles, les engins des travaux publics, les usines qui fonctionnent avec du carburant. D’après les enquêtes menées par la Giz, les émissions de gaz à effet de serre de la ville s’élèvent à 394 568 tonnes d’équivalent dioxyde de carbone, soit l’équivalent de 30 motos faisant l’aller-retour entre Garoua et Ngaoundéré tous les jours pendant un an. « Si aucune action n’est prise, les émissions pourraient atteindre 550 916 tonnes de CO2, soit une augmentation de 40% d’ici 2030 », indique la Giz.

Caniveaux bouchés au quartier Camp chinois à Garoua

A en croire une source à la délégation régionale du MINEPDET, plusieurs autres formules de pollution affectent directement l’homme. Notamment, les eaux usées des morgues qui se retrouvent dans la nature, l’utilisation du formol sur les gibiers par certains. « Les tomates, les crudités sont polluées lors des lavages. Les viandes de brousse qui moussent au feu sont formolisées et donc polluées. Elles sont impures à la consommation. C’est l’une des raisons des accidents vasculaires cérébraux (AVC), le diabète, l’insuffisance rénale étant jeune. C’est un produit qui tue à petit feu », précise notre source. Non sans recommander que malgré les traditions, l’Etat devrait sortir des textes pour limiter la durée des corps dans les morgues.

Garoua la pollution utilisations des produits nocifs dans les aliments

En cette période de saison des pluies, la ville croule sous une chaleur excessive depuis la fin du mois de février. Selon les spécialistes, ces vagues de chaleur sont dues en grande partie aux émissions des gaz à effet de serre et donc à la pollution. Le taux élevé de ce gaz dans l’atmosphère cause la destruction de la couche d’ozone, le réchauffement climatique et entraine une faible pluviométrie. « Le barrage de Lagdo connait actuellement une chute de pluviométrie allant à presque 60%. Ce qui entraine une faible production de l’électricité dans le réseau interconnecté Nord », a relevé l’honorable Emmanuel Banmi Dingha, président de la Commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale du Cameroun.

Jérôme Baïmélé à Garoua.

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