Nord : la production du soja chute de 41% entre 2021 et 2023
Des appuis en matériels agricoles aux organisations paysannes de Dembo, région du Nord ©JB

Les principales raisons de cette dégringolade sont entre autres, la destruction des feuilles et des fruits non murs par des animaux dévastateurs, l’irrégularité de la pluviométrie, la rareté et la cherté des intrants agricoles et l’utilisations des techniques agricoles rudimentaires.

Abraham Ngani a investi dans la culture du soja depuis plus de 5 ans. Installé à Mayo Galké, une bourgade située dans la localité de Tcholliré, département du Mayo-Rey, région du Nord, le quinquagénaire maîtrise les exigences naturelles de cette culture. « C’est une culture qui aime une pluviométrie normale, pas moins ni trop de pluie », informe l’agriculteur.

Une culture également rentable à en croire Josiane, une agricultrice de Dembo, une localité du département de la Bénoué, qui en a fait son gagne-pain. « Aujourd’hui, les sols sont de plus en plus pauvres, les intrants sont devenus chers et nos récoltes de maïs et de mil sont médiocre. On est en train de migrer vers le soja qui est une culture moins contraignante », souligne-t-elle.

D’après ces cultivateurs, la culture du soja n’exige pas assez d’engrais et d’urée chimique pour fertiliser les sols. « Le soja n’est pas trop convoité par les insectes nuisibles tels que les chenilles ravageuses ou les criquets dévastateurs », relève Maïdole Djacdjinkréo, agricultrice dans la localité de Dembo, région du Nord. Maïdole comme la plupart des acteurs de cette filière, se débrouille avec les moyens de bord.

 

A en croire les producteurs, la production moyenne par hectare (ha), est de 2 tonnes (t). « Sur 2,5 ha, j’ai récolté 1,6 t en 2023. Alors qu’en 2019, j’ai récolté 2,8t pour 2 ha. Le prix du sac de 100 kg oscillait entre 14.000 F Cfa et 16.000 F Cfa en février 2024 dans la localité de Tcholliré », confie Abraham Ngani.

La région du Nord qui est un bassin de production du soja, a enregistré une baisse de la production au cours de ces trois dernières années. En 2023, la production globale de soja de la région est de 76 674 t contre 106 368 t en 2022 et 131 975 t en 2021. Ces données de la délégation régionale de l’Agriculture et du développement rural du Nord montrent une chute de près de 40,9% entre 2021 et 2023, soit près de 55 301 t en valeur absolue.

Selon les producteurs, plusieurs raisons justifient cette dégringolade de la production de cette culture très prisée le septentrion. En plus des contraintes naturelles liées à la pluviométrie, les producteurs de soja font face à la destruction des feuilles et des fruits non murs des cultures par des animaux dévastateurs, entrainant ainsi des mauvaises récoltes. « Les singes de brousse récoltent des graines non mures même si c’est déjà en tas. Ce qui fait qu’on peut sortir de la saison avec zéro récoltes », s’indigne Bouba Hamadou, producteur de soja à Dembo.

La rareté et la cherté des intrants agricoles, l’utilisations des techniques agricoles rudimentaires et archaïques, le manque de matériels agricole moderne de labour et de récolte, le manque de formation aux techniques culturales, l’appauvrissement et la dégradation des sols, allongent la liste des difficultés ayant contribuées à la chute de la production de soja constatée ces trois dernières années.

A en croire Abdelkarim Ahmadou, ingénieur agronome à Garoua, le manque de maîtrise des techniques culturales est le problème majeur pour ces agriculteurs situés dans des zones rurales. « Il faut amener les paysans à aimer la culture du soja en leur apportant des appuis à travers l’offre en semences saines et des encadrements pendant deux saisons », soutient l’expert.

Plusieurs acteurs et élus locaux se sont lancés dans l’accompagnement des producteurs avec la distribution d’intrants agricoles et de matériels modernes de travail. C’est le cas de l’honorable Oumoul Koultchoumi Ahidjo qui a organisé des formations pour la production et la transformation du soja et remis des matériels agricoles aux organisations paysannes dans les localités de Gaschiga et Dembo, dans le département de la Bénoué.

Jérôme Baïmélé

Mots – clés :

Agriculture

Agribusiness

Soja

Leave comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *.