Nord : Le calvaire des élèves à Poli en saison pluvieuse

Beaucoup se souviennent encore de la date du 13 septembre 2021 où le deuxième pont de Bakdonko sur le Mayo Wakbé, a divisé la ville en deux. Depuis lors, les écoliers et enseignants se battent comme ils peuvent.

La journée du 13 septembre reste gravée dans les mémoires de la population de Poli, chef-lieu du département du Faro, région du Nord. Cette journée est marquée par une forte précipitation qui a causé une inondation sur le second pont du cours d’eau Mayo, du quartier Bakdonko, coupant ainsi la ville en deux. « Ce jour, je devais aller à la préfecture faire signer mes documents, c’était dans l’après-midi. Mais, la pluie m’a bloqué. Lorsque les gouttelettes sont finies, je courais pour rattraper le préfet au bureau. A ma grande surprise, il y avait beaucoup d’eau dans le Mayo, impossible de traverser, et c’est la seule route qui relie la ville », se souvient Sadou Abdoulaye, un riverain.  A 15h30, à la sortie des classes, aucun élève ne pouvait traverser. « Le maire et le sous-préfet de Poli sont descendus sur les lieux. Ils ont supplié les élèves de ne pas oser mettre les pieds, car ils risquent d’être emportés par la furie des eaux », témoigne Jules Leto, habitant de Poli.

Des élèves à la traversée

Les élèves et enseignants étaient tous bloqués d’un côté. Après près de 3 heures de temps, chaussures à la main, il fallait tâter avant de traverser, quand le niveau d’eau a baissé. « Il fallait enlever le pantalon avant de traverser, sinon tu allais te mouiller. Les filles devaient soulever leurs robes et peut-être l’enlever même avant de traverser », confie Oumarou Bello, élève en classe de 5e au lycée classique de Poli. « Sur les photos, il y a ceux qui sont en culotte », laisse entendre Léon De Pape, tout en faisant défiler les images qu’il a lui-même capturé le jour de l’inondation.

Ce mercredi 29 septembre, ce pont qui date de l’époque coloniale affiche une mine docile, même si les traces de l’inondation restent encore visibles. Il s’est affaissé il y a bientôt deux ans. La partie creuse du côté Ouest concentre une partie du courant de l’eau. En septembre 2020, ce dalot a reçu une cure de jouvence grâce à une action conjointe de la commune et du député du Faro, l’honorable Bitbini Rosaline.

Ville coupée

Mais, la solution est loin d’être trouvée, dans cette ville où le moyen de transport le plus prisé par les élèves est la moto. Une habitude que les eaux ont rompue depuis l’inondation.  La plupart des élèves empruntent des raccourcis en aval du Mayo Wakbé. A défaut de contourner, plusieurs d’entre eux ont perdu sac, chaussures, téléphone, fournitures scolaires, etc. Des incidents à répétition, restés gravés dans la mémoire des anciens élèves et enseignants du lycée classique de la ville, le plus ancien dans le département.

Des images réalisées pendant le dernier drame ont, en effet, inondé les réseaux sociaux, décriant ainsi le calvaire de la population et surtout la détresse des élèves. Si d’aucuns ont songé à un montage orchestré, d’autres par contre en ont profité pour décrier le retard en termes de développement dans cette localité dont l’unité administrative a été créée en 1924.

La situation est préoccupante, c’est du moins l’avis des autorités de la ville. « Lorsqu’il pleut ou lorsqu’il menace de pleuvoir, on est obligé de libérer les élèves parce que si le Mayo inonde, il faudra attendre 3 ou 4 heures. En même temps, s’il pleut dans la nuit, les enfants sont bloqués de l’autre côté, ils seront obligés d’attendre que le niveau de l’eau baisse. Et cela a un impact négatif sur les activités, surtout quand on sait qu’il est difficile de rattraper une heure perdue. Sur le plan pédagogique, ça nous cause un manque à gagner. Ça bloque aussi les enseignants qui habitent de l’autre côté de la ville », déplore Issa Reda, proviseur du lycée classique de Poli. Il en est de même pour les élèves de la maternelle, du primaire, du secondaire et aussi des élèves maîtres de l’Enieg de Poli.

Chaque année, des travaux de rénovation sont engagés par les riverains. « L’année dernière et même bien avant, j’ai pris l’initiative de rétablir le passage sur ce pont. Le maire a pris le relais avec l’appui du député. C’est difficile sans route et le pont actuel ne peut pas apporter toutes les garanties de traversées en tout temps. Cette route facilite le passage aux élèves lors des périodes de classe, c’est donc une priorité. J’ai mené tellement d’actions sur ce pont à travers des actions communautaires instaurées par mes soins chaque premier jeudi du mois. Les populations de Poli ont mis leurs énergies pour que ce pont ne soit pas emporté », a confié Daniel Arthur Obama, sous-préfet de Poli, qui a effectué une descente conjointe avec le maire de la commune. « La situation est très préoccupante. On va renforcer le pont pour faciliter la circulation à la population et aux élèves. Parce qu’ils étaient bloqués la dernière fois en rentrant de l’école. Pour l’autre pont en cours de construction, on a entamé le processus de résiliation avec l’entreprise », a relevé sa majesté Sadou Yaouba, maire de la commune de Poli.

Pont mort-né à Bakdonko ?

La population crie à la détresse en voyant les travaux d’un pont de cette taille durer près de deux ans. Le projet serait-il abandonné par l’entreprise ECGH basée à Maroua ? Ce pont est situé sur la principale route qui relie les arrondissements Poli et Béka. « Je suis le maître d’œuvre. Nous avons engagé une procédure de résiliation du contrat avec l’entreprise ECGH suivant l’ordre de service n°5 valant mise en demeure que j’ai signé le 27 septembre 2021. Je suis là pour le suivi au jour le jour, je veille sur la qualité des travaux. Si l’entreprise ne se conforme pas, on va simplement résilier le contrat », a martelé Magalla, délégué départemental des Travaux Publics du Faro. Il reste que le manque de route est un problème crucial dans le département du Faro. Le pont de Wakbé à Bakdonko, celui de Ouro Mbaï à Godé et le pont sur le Mayo Pintchoumba sont les principaux qui charrient beaucoup d’espoir aux populations de Poli.

Ahmed MBA’A, de retour à Poli

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