Parc de la Bénoué : la pression foncière réduit la zone de biodiversité
Les parties prenantes unis pour la matérialisation des nouvelles limites dans les corridors le 22 septembre 2023. ©Jb

Parc de la Bénoué : la pression foncière réduit la zone de biodiversité

La préservation des moyens d’existence des populations emporte sur la restauration de l’écosystème dans le parc national de Bénoué dans la région du Nord. Avec la croissance démographique, la pression foncière a fait reculer la zone de biodiversité de près de 39% de la superficie totale des zones d’intérêt cynégétiques.

« Mon champ se retrouve dans le corridor, j’espère qu’on va nous laisser récolter », s’inquiète Abdou, habitant d’Ouro Bobo, un village situé dans le parc national de Bénoué dans la région du Nord.  Cette inquiétude fait suite à la matérialisation des limites des Zones à usage multiple dans les Zones d’intérêt cynégétiques (Zic)  1 et 4. « Je voudrais qu’on laisse les habitants récolter leurs champs, ils savent que c’est désormais le corridor qui passe », exhorte sa majesté Ania Baïkoti, chef de 3e degré d’Ouro Bobo.

Ce micro zonages fait suite aux différents conflits avec les responsables du parc national de la Bénoué qui s’étend sur une superficie de 180 000 ha. « La convention de cogestion de 2004 a été signée pour 5 ans renouvelable, mais elle n’a jamais été renouvelée. Elle préconise la révision des limites des corridors en cas d’augmentation de la population », éclaircie Nene Bouba, présidente de l’Union des comités villageois de la faune ZIC 4. Avec le boom démographique, la population est passée de 12 000 âmes en 2004 à plus de 56 000 âmes en 2022. Une situation qui a accentuée la pression foncière au-delà des 8000ha disponibles dans la zone de biodiversité du parc national de la Bénoué.

la zone de biodiversité du parc national de la Bénoué


La nouvelle délimitation présentée aux communautés le 22 septembre 2023, fait état de 30 976 ha de terre, soit 38,63% des Zic, réservés à l’occupation humaine. « Le problème est la répartition inéquitable des terres, où une personne peut, à lui seul, compter 25ha », a déploré Achille Mengamenya, conservateur du parc national de Bénoué. Selon lui, « si les autorités traditionnelles ne règlent pas la problématique de la gestion de l’attribution des terres, on risque se retrouver dans cette situation dans 20 ans ».

Avec la nouvelle démarcation, les habitants des villages Mayo-Djema et Adassourou vont rentrer à Dogba et Lagba et l’enclave du village « Venez-voir » ira à Sakdjé. D’après le conservateur du parc, ces villages se trouvent dans la zone de biodiversité et vont rentrer dans leurs villages d’origine.

Malgré les inquiétudes, le projet d’appui au parc national de la Bénoué prévoit soutenir des initiatives locales en octroyant aux communautés des financements afin de les amener à se dessaisir des activités qui portent atteintes à l’environnement.

Jérôme Baïmélé

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