Psychose : « Au Cameroun on a beaucoup de psychotiques »
Pr Mireille Ndje Ndje Belinga

La psychologue clinicienne, Pr Mireille Ndje Ndje Belinga, recommande dès les premiers signaux de la psychose, de rencontrer un expert pour une prise en charge rapide et pour améliorer la condition du sujet si la maladie est déjà installée.

Selon la Direction de la Promotion de la santé du ministère de la Santé publique à travers son Bulletin épidémiologique national de la santé mentale, le Cameroun a enregistré entre 2021-2023, 41 631 cas de psychose, communément appelé « folie ». Comment définissez-vous cette maladie ?

La psychose désigne tout trouble mental qui est caractérisé par une déconnexion avec la réalité. Il faut dire que la psychose en psychologie ou alors en psychiatrie c’est un groupe qui rassemble les troubles mentaux les plus graves. Alors parmi les psychoses, on peut citer la schizophrénie, la psychose paranoïaque, la psychose hallucinatoire chronique, la psychose magnaco-dépressive.

Quels sont les signes cliniques de ces troubles ?

Les symptômes généralement c’est le délire, l’hallucination, c’est un discours incohérent, c’est de l’agitation, mais le principal c’est la déconnexion avec la réalité. Et dans les troubles psychotiques le fonctionnement du cerveau est altéré et il y aura donc des troubles de la pensée, des croyances et des perceptions. Et la particularité aussi avec les psychoses est qu’une personne psychotique n’est pas consciente de sa maladie et ça signifie qu’elle ne sera pas consciente de son comportement.  Les causes, ne sont pas claires surtout au début des épisodes. On ne peut pas clairement parler des causes mais beaucoup d’études attribuent les causes aujourd’hui aux facteurs biologiques.

Toujours selon ce Bulletin de la Direction de la Promotion de la santé, les régions du Nord-Ouest et du Centre sont les plus affectées par la psychose sur la même période. Qu’est-ce qui peut l’expliquer ?

Au Cameroun dire que la psychose est typique à certaines régions peut-être que c’est parce que dans ces régions, beaucoup d’études ont été faites, mais la psychose n’a ni âge, ni région, ni pays particulier ; tout le monde peut en être atteint. C’est vrai que beaucoup d’études sont parfois faites sur les populations jeunes et on a tendance à penser que c’est dans ces populations qu’on va trouver beaucoup de psychose. Au Cameroun on a beaucoup de psychotiques mais généralement dans le commun du langage on les considère comme des « fous ». Fou ça ne veut rien dire. Chaque malade mental que vous voyez à une maladie particulière qu’on peut nommer après avoir posé un diagnostic. Il faut aussi noter que généralement, on parle de psychose quand il y a une grande peur et ça c’est dans le langage commun. Par exemple dans la région de l’Extrême-Nord où il y a le Boko Haram, on va dire que les populations vivent dans la psychose.

 41 631 cas de psychose enregistrés en 3 ans. Faut-il s’en inquiéter ?

On peut s’inquiéter si rien n’est fait, si des mesures ne sont pas prises parce que faut-t ’il le dire de plus en plus les populations sont exposées aux facteurs de stress par exemple avec le rythme de vie sociale d’aujourd’hui, avec cette mondialisation, avec toutes les pressions sociales et économiques. Sortir tôt abandonner les enfants, rentrer tard, parfois on ne mange pas bien, on ne dort pas bien et il y a aussi beaucoup d’agressivité autour de nous, de violence dans les paroles, dans les attitudes, ce sont des facteurs de risques de maladies mentales sans compter les facteurs biologiques.

Que faut-il faire concrètement pour s’en préserver ?

Il faut commencer à sensibiliser les gens au fait que la maladie mentale existe, qu’elle n’est pas de la sorcellerie, qu’elle ne relève pas du mystico-religieux et c’est une maladie comme les autres. Autant on éduque les gens à l’hygiène physiologique, il y a une hygiène mentale à laquelle il faut éduquer. Cette hygiène mentale veut qu’on vive harmonieusement avec son entourage, qu’on ait des moments de joie, qu’on se repose qu’on dorme bien, qu’on gère le stress, parce qu’on ne va pas éliminer le stress de notre environnement mais il faut apprendre à le gérer. Maintenant il faut avoir des moments de détente, des moments amicaux, il faut dormir mais surtout il faut parler de ses problèmes. C’et vrai on dira quand on parle les gens vous jugent après il vont le rapporter. Non, on ne parle pas forcément à tout le monde. On parle à une personne de confiance, capable de porter ce qu’on lui dit.

La nécessité de rencontrer un expert…

Donc il faut pourvoir parler quand on est débordé. Et si vous pensez qu’il n’y a personne à qui vous pouvez faire confiance autour de vous, il n’y a qu’à voir un expert, vous pouvez aller voir le psychologue qui ne vous jugera pas, il n’exposera pas vos problèmes parce qu’il est tenu par le secret professionnel ; il est une oreille qui sait écouter, qui a appris à écouter et qui peut vous guider vers des solutions.  Il ne faut pas hésiter à consulter, il faut qu’on ait cette culture là car tout le monde peut être atteint par une maladie mentale, quand on a plus le goût de vivre et quand on aime plus tout ce qu’on aimait et quand on ne veut plus rien faire, quand on est de plus en plus triste, quand on envie de s’isoler, c’est des premiers signaux, il faut aller vers un psychologue ou un psychiatre. Mais aussi autour de nous lorsqu’on sent que quelqu’un présenter ces signes, il faut l’orienter vers un expert et c’est comme ça qu’on pourra juguler la maladie mentale la prévention est très importante. Dès les premiers signaux, il faut aller vers un expert ça permet de mettre plus tôt une prise en charge et améliorer la condition du sujet si la maladie est déjà installée, soit de sortir de là complètement.

Interview réalisée par Mélanie Ambombo

Mots – clés :

Santé mentale

Psychose

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