Environnement : Douala face aux défis de la gestion durable des mangroves

Environnement : Douala face aux défis de la gestion durables des mangroves

Des initiatives publiques et privées sont mises en œuvre pour préserver les mangroves de la disparition et de l’exploitation abusive. Mais, la plupart de ces projets, en plus de manquer de ressources financières et de traçabilité, ne sont pas proportionnels à la taille des défis auxquels la ville est confrontée Environnement la gestion durables des mangroves.

Sur les rives du fleuve Wouri, à plus de 3 km du nouveau pont, les îlots disparaissent à vue d’œil. « Bientôt on va entendre dire que l’eau est sortie de son lit. Si cette île disparaît, c’est dangereux pour les villages Bonamikano, Bonamatoumbe, Djebalè et les inondations seront catastrophiques », redoute Chi Napoléon, coordonnateur national de Watershed Task Group (WTG), une organisation Non Gouvernementale (ONG) qui milite pour la protection de l’environnement au Cameroun.

Spécialiste des zones humides, Chi Napoléon alerte sur les espaces défrichés autour des îlots. Sur les berges de Wouri, à Bonabéri, dans l’arrondissement de Douala 4e, des mangroves et des îlots disparaissent à petit feu. Par endroit, les arbres sont coupés et dissimulés dans la végétation apparente. « Les auteurs de la déforestation sont en train de pénétrer les zones jusque-là intactes », déplore-t-il, en observant le site.

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D’après L’Atlas des Mangroves du Cameroun, entre 2000 et 2015, les terres de mangrove et forêts côtières associées dans l’estuaire du Cameroun (l’estuaire du Wouri) ont régressé de -14,3%, passant de 106 325 ha à 99 730 ha, soit 1% par an. La zone de mangrove autour de Douala, est la plus décimée, avec un taux de destruction de l’ordre de 6.2 % par an sur la zone de Douala-Bonabéri. « Un jour, Douala va se retrouver dans l’eau, parce que la barrière naturelle qui le protège contre les inondations aura disparu », alerte Edouard Yagouda, le Délégué Régional de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable (Minepded) pour le Littoral.

 

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L’engloutissement de la capitale économique, d’environ 3 millions d’habitants selon l’observatoire international des maires n’est pas la seule conséquence envisagée. Elle est aussi exposée à une perte importante de sa biodiversité. « Cette biodiversité est autant aquatique que terrestre. Les mangroves constituent des zones de reproduction de plusieurs espèces halieutiques », explique Dr Joseph Olinga, sous-directeur des études et de la protection de l’environnement à la Communauté urbaine de Douala (CUD).

Les pressions sur les mangroves du Wouri sont décriées dans plusieurs études. Dans le rapport, Les mangroves du Cameroun, Etats de Lieux et gestions publié en 2018, le Minepded, recense entre autres menaces : la croissance démographique, le développement urbain, les plantations agro industrielles, les espèces envahissantes de Jacinthe d’eau, le Bois énergie, l’exploration/exploitation pétrolière, les déchets, la pollution, la surpêche. D’après l’Atlas sur l’utilisation du sol de mangrove ; 14 730 ha des sols de mangrove dans la zone Douala Bonaberi en 2015 étaient occupés par les habitations, tandis que les mangroves fortement dégradées couvraient une superficie de 10 703 ha, contre 4 100 ha pour les mangroves intactes. Pour limiter les menaces, des actions sont menées aussi bien par les pouvoirs publics que des ONG avec l’appui des partenaires internationaux…

Dénonciations, sensibilisation… 

Selon l’ONG WTG, les trafics de bois dans les mangroves réduisent les « Rhizophora et l’ Avicennia », les deux espèces de palétuviers les plus prisées dans la région du Littoral. Elles sont communément appelées Matanda par les populations de la côte. Leur exploitation s’est décuplée ces dernières années, à en croire M.Lobe, natif du village Bonamatoumbe dans le Canton Belè Belè « A cause de l’urbanisation, on s’attaque au Matanda. Mbelé et Djebalè, sont pour l’instant épargnés parce que ce sont des îles. Les exploitants du bois n’ont pas encore les moyens pour y accéder. Sinon, ils auront déjà détruit les Matanda comme sur les berges de Bonambapè », relève le sexagénaire.

Pour ce riverain, il revient aux pouvoirs publics de trouver des solutions pour stopper la coupe de palétuviers. « La mairie, la sous-préfecture …sont là pour nous aider à freiner cette hémorragie, puisqu’au niveau des chefferies, nous n’avons plus de force. C’est à travers certains actes de la sous – préfecture par exemple, qu’on a interdit la coupe des Matanda », renseigne le représentant du Chef du Canton Belè Bèlè.

En effet, un communiqué radio que conserve le Chef du bloc 7, du quartier Youpwe, dans l’arrondissement de Douala 2e datant du 12 juin 2019, interdit aux populations des quartiers Youpwe et Bois de singe « toute activité tendant à détruire la mangrove ». Cependant, aucune mesure coercitive n’a été prise, pourtant dans ces zones, les bruits des scies à moteur animent le quotidien des habitants. « A notre niveau, nous n’avons pas les moyens pour lutter contre ces trafics. Les trafiquants coupent en journée et transportent généralement dans la nuit », indique sa Majesté Victor Bete.

 

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Des dizaines de pirogues chargées de billons de cette ressource débarquent tous les jours sous le pont noir au quartier village dans l’arrondissement de Douala 3e et au Bois de singe où les autorités mènent souvent des actions répressives. « Ces bois amassés dans la cour, indique du doigt le délégué départemental du Minepded, ont été saisis. Des actions de répression continuent mais, comme toute autre action, depuis qu’on lutte contre les voleurs, il y en a toujours. Au moins ils savent qu’il y a une épée de Damoclès au-dessus de leur tête ».

En plus de la répression, des actions de sensibilisation existent. « Depuis des années, on nous dit qu’il ne faut pas couper le matanda. Quand on coupe, la Forêt est fragilisée, les courants sont plus violents, et nous sommes exposés », croit savoir Bridget, une fumeuse de poisson d’environ 55 ans. Malgré ces conséquences, Marceline Dohko, sa consœur, pense qu’il est difficile d’abandonner l’utilisation de matanda dans leur activité qui est « le seul moyen pour elles de scolariser leurs enfants ».

Pourtant, elles ont bénéficié en 2021, des fumoirs améliorés de l’équipe d’une initiative Sud-africaine, qui propose des solutions alternatives, utilisant de l’énergie solaire. Ce dispositif a l’avantage de réduire les risques relatifs aux problèmes de santé auxquels les fumeuses sont exposées. Mais, selon ces femmes, il faut plus de financement pour étendre son utilisation. Selon, Cameroon Program on Energy Statistics, « le bois est la principale source de combustible pour la cuisine d’environ 70% des ménages camerounais. » À Douala, il est utilisé pour la cuisine, la restauration, la construction et bien d’autres activités.

Alternatives économiques

En matière de préservation et de gestion durable des ressources naturelles, les experts reconnaissent qu’il est difficile d’interdire aux populations d’exploiter les ressources qu’elles trouvent dans leur milieu de vie. Ce n’est d’ailleurs pas l’objectif de la plupart des interventions Environnement la gestion durables des mangroves.  « On ne pourra jamais empêcher la coupe du bois de mangrove. Mais il est question de les gérer rationnellement afin que les générations futures puissent en bénéficier comme nous le faisons en ce moment », souligne Christel Boum, un agent forestier qui a créé en 2018, l’association Action pour la protection des Écosystèmes de Mangroves.

Au-delà de Yoyo son village natal où son action a débuté, Christel mène des enquêtes pour mieux comprendre les habitudes des communautés qui dépendent des ressources de la mangrove, mais aussi pourquoi certains projets mis en œuvre ne marchent pas.  « Il faut montrer à ceux qui coupent que le bois n’est pas la seule source de revenus. Il faut leur proposer des alternatives », conseille-t-il.

Dans la même logique, Dr Olinga affirme que « l’idée n’est pas de dire qu’il faut sanctuariser les espaces ou ne pas toucher au bois de mangroves. Mais, de mettre en place des stratégies qui permettent de faire les deux. Ces personnes qui vivent de la coupe du bois de mangrove, peuvent par exemple être reconverties dans une activité comme guide touristique, conducteur de pirogues…» 

 

Environnement la gestion durables des mangroves

 

Plusieurs projets de reboisement de mangrove sont recensés dans la ville de Douala. Cependant, il est difficile de retrouver leur trace. Entre 2020 et 2022, des projets de reforestation ont été rares à en croire le délégué régional Minepdep-Littoral. Pour Boum Christel, cette restauration ne suit pas la vitesse des coupes  « parce qu’on coupe tous les jours mais le reboisement est quasi nul.»

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Dans l’optique de rattraper les pertes de mangroves sur les berges du Wouri, l’association WTG a réalisé une pépinière de près de 70 000 plants des espèces de Rhizhophera et Alvicena à Bonamikano, à Bonaberi.  « Nous allons reboiser 26 ha. 11 ha à Bonamikano et 15 ha à Djebalè », confie Chi Napoléon.Le reboisement en vue est en effet l’une des composantes du projet de restauration des écosystèmes de mangrove et de résilience portée par l’ONG internationale Planète Urgence.

 

Une équipe de WTG en immersion sur les berges du Wouri
Une équipe de WTG en immersion sur les berges du Wouri

 

Le projet est implémenté avec la collaboration des organisations locales comme WTG. D’une durée de 5 ans, le projet contribuera à la constitution d’un important puits de carbone dans cet écosystème dégradé sur les berges du wouri Environnement la gestion durables des mangroves. Mais à peine la pépinière a-t-elle été installée qu’elle est menacée. Une partie des 11 ha sollicités par WTG est avalée par un projet de construction qui a rasé plus de 200 ha de mangrove à Bonamikano et Bonamatoumbe.

A Douala, des initiatives comme celle-ci, sont mises en œuvre pour préserver les écosystèmes de mangrove de la disparition et de l’exploitation abusive. Mais la plupart de ces projets sont peu visibles, manquent de traçabilité et ne semblent pas (en termes de nombres, de constance et de ressources) proportionnels à la taille des défis auxquels la ville est confrontée. Aussi, selon certaines organisations, l’absence des ressources financières, le manque de cohésion entre les différents acteurs handicapent les résultats sur le terrain.

Philomène Djussi et Jonathan Tenekeu

Cette enquête a été réalisée dans le cadre du projet Open Data for environment and Civic Awareness in Cameroon(ODECA), initié par ADISI-CAMEROUN. Le projet est financé  par le Centre for Investigative Journalism (CIJ) de l’Université de Londres, dans le programme OCRI (Open Climate for Reporting Initiative)
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