« Le Cameroun n’est pas un pays particulièrement avancé sur ce travail de Fact-checking »
Laurent Bigot, Maitre de conférences, Directeur de l’Ecole Publique de Journalisme de Tours.

Laurent Bigot, directeur de l’Ecole publique de journalisme de Tours en France et par ailleurs membre de l’International Fact-checking network (IFCN) en charge de la certification des médias du paysage français et francophone, revient sur les enjeux du Fact-checking et de la situation du Cameroun dans la pratique de cet exercice.

Qu’est ce qui justifie votre présence au Cameroun ?

Je suis ici au Cameroun où je représente Média et démocratie, qui est une plateforme de formation Franco-Africaine de journalistes qui a vocation de monter des programmes de formation en journalisme pour des professionnels africains. Il se trouve que cette plateforme, Média et démocratie, est associée à un programme de Cfi, tout comme ADISI-Cameroun, pour essayer de former sur une durée longue, des journalistes camerounais au Fact-checking et au perfectionnement en Fact-checking, afin qu’ils puissent débunker, Fact-checker toutes les informations litigieuses qui circulent dans ce pays, et qu’ils aient tous les outils et toutes les compétences pour le faire.

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Quelle appréciation faites-vous du niveau des journalistes camerounais en matière de Fact-checking ?

Nous accueillons ici 10 journalistes membre de ce programme. Ils travaillent dans 4 médias principalement. L’appréciation que je peux faire à l’issu de cette première semaine de travail avec eux, c’est qu’ils semblent à la fois déjà bien sensibilisés à ce phénomène de la propagation de fausses informations, et par ailleurs qu’ils sont extrêmement motivés pour en apprendre davantage, et pour construire sur toute la durée du programme, c’est-à-dire 2 ans et demi de formation. C’est exceptionnellement long. Ils semblent totalement motivés sur cette longue durée pour créer ou dynamiser des rubriques de Fact-checking au sein de leur propre média.

Au regard de la pratique du Fact-checking en Afrique, à quel niveau situez-vous le Cameroun ?

Je ne connais pas le Fact-checking tel qu’il est pratiqué au Cameroun pour l’instant, j’en ai juste un bref aperçu à travers les candidatures que nous avons eu au moment de choisir les candidats dans le cadre de ce programme. Ce que je peux dire c’est que j’observe qu’il y a beaucoup à faire, que le Cameroun n’est pas un pays particulièrement avancé sur ce travail de Fact-checking, mais comme nous ne le sommes pas beaucoup de pays en Afrique et même dans le monde. Nous sommes là pour organiser cette formation, pour prendre le temps qu’elle puisse porter ses fruits encore une fois sur la durée, et je suis sûr qu’à la fin de ce programme, le paysage du Fact-checking au Cameroun aura largement évolué, se sera largement consolidé à travers les médias que nous formons dans ce programme. Mais aussi à travers d’autres médias qui vont observer ce que nous faisons dans ce programme.

Laurent Bigot, Maitre de conférences, Directeur de l’Ecole Publique de Journalisme de Tours.

Quels sont les enjeux du Fact-checking ?

Ils sont multiples. Ils sont d’abord de lutter contre la propagation de fausses informations et des discours de haine principalement. Et je dirais que pour un pays comme le Cameroun, c’est particulièrement important. Ces enjeux sont également pour les médias eux-mêmes. C’est-à-dire quand des journalistes commencent à s’intéresser à des techniques pointues de vérification, on s’aperçoit que les autres journalistes qui sont autour sont aussi mis dans d’autres rédactions extérieures, commencent à regarder la vérification comme quelque chose de très particulier et de très intéressant pour eux également.

Pouvez-vous faire une brève présentation de l’IFCN, tout en indiquant sa place dans le domaine du Fact-checking ?

L’IFCN c’est l’International Fact-checking network, c’est un réseau international de Fact-checking. Il est basé à Poynter, un institut de formation en Floride aux Etats-Unis. Ce réseau est mondial et il est surtout le premier à avoir édicté ce qu’on appelle le code de principe, c’est-à-dire une charte qui définit 31 règles de fonctionnement du Fact-checking, des règles d’éthiques, mais aussi des règles de bonne présentation de Fact-checking et essentiellement des règles de transparence de travail de journalistes. Et ce code là sert aujourd’hui de référence pour des médias dans le monde entier. On compte aujourd’hui 84 médias dans le monde entier qui respecte les règles du code de principe de l’IFCN qui sont certifiés par l’IFCN. Je suis moi-même en charge de la certification de médias du paysage français et francophone qui souhaite prétendre au code de principe de journaliste au label délivré par l’IFCN et je pense qu’au Cameroun, si les personnes et les medias  que nous avons en face  de nous sont  en mesure de poursuivre leurs efforts suffisamment longtemps et avec suffisamment de moyens, bien entendu ils pourront assez vite prétendre à ce label eux aussi,  et devenir de meilleures références qui pourront grâce à cela travailler avec de grandes plateformes d’internet et de réseaux sociaux.

Réalisé par Michèle EBONGUE

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