Faro : 269 personnes mordues par des serpents entre 2019 et 2022
Une victime de morsure de serpent

Faro : 269 personnes mordues par des serpents entre 2019 et 2022

Dans ce département de la région du Nord, les populations à risque sont des sujets âgés entre 15 et 45 ans. Le serpent naja est le plus dangereux, tandis que la vipère bat le record des envenimations dans les onze aires que compte le district de Poli morsures de serpent.

Younoussa a frôlé la mort. Une morsure de serpent sur son pied droit a failli coûter la vie à cet habitant de Waltessé, un village limitrophe à Slangboro dans la commune de Poli, région du Nord. « Je ne parlais pas, j’avais très mal, j’ai failli mourir. C’est Dieu qui m’a sauvé », confesse le jeune âgé de 32 ans, qui d’un geste de la main, montre son orteil droit fléchit, traumatisé par le venin.

morsures de serpent, le serpent naja est le plus dangereux

Si Younoussa a survécu à ce drame, ce n’est pas le cas de certaines victimes. « C’est triste ! Papa est décédé suite à une morsure de vipère », se souvient Madeleine, qui a de la peine à oublier cette tragédie qui a chamboulé sa famille.

Un traumatisme que n’oublieront jamais les joueurs amateurs de Lycaon Fc de Yobo, qui ont perdu leur emblématique gardien de buts, Abdou Patgolé, mordu par le serpent en août 2017. « Abdou était notre meilleur portier. Quand le serpent l’a mordu, on l’a amené chez un guérisseur. Le lendemain, ça n’allait pas, on l’a transporté chez un autre guérisseur à Hola, où il a rendu l’âme le 3e jour », se rappelle l’un des joueurs. Il regrette tout de même le fait : « qu’il n’a pas été amené à l’hôpital sous prétexte que c’était de la sorcellerie ».

« Serpent de bronze »

Les envenimations dans cette localité du Nord sont récurrentes. Plusieurs familles sont aujourd’hui endeuillées des suites de morsures de serpent. Le réalisateur camerounais Thierry Ntamack, a produit en 2018, un film-hommage intitulé : « le serpent de bronze » dédié au Dr. Ben Fayçal, directeur de l’hôpital de district de Poli, 28 ans, décédé le 4 nombre 2014, après avoir été mordu par un cobra.

L’organisation Snake byte de la Cameroon Society of Epidemiology, a publié le 17 mai 2022, une enquête menée en 2021, révélant que la région du Nord est la zone la plus touchée par des morsures de serpents au Cameroun, soit 63 cas sur les 293 victimes identifiées.

Les chiffres sur les envenimations dans le département du Faro sont inquiétants. En 2021, 07 personnes ont perdu la vie, parmi les 97 victimes enregistrées dans le district de santé de Poli. De 2019 au 30 juin 2022, c’est au total 269 morsures identifiées dans ce district.

Ces données inquiètent la mairie. Pour le maire de Poli, sa majesté Sadou Yaouba, c’est une situation de santé publique auquel il faut s’attaquer.

 

Prise en charge

Dans cette localité de la région du Nord, les morsures de serpents sont loin d’être des faits anodins. D’après les informations recueillies par DataCameroon, les victimes sont régulièrement conduites chez les tradithérapeutes plutôt que dans les établissements hospitaliers. « Il y a des herbes qui chassent le serpent dans les maisons. Le serpent n’aime pas l’odeur du carburant. En cas de morsure, on soigne et si ça persiste, on leur demande d’aller à l’hôpital, parce que ça peut déclencher une maladie autre que le venin », affirme un tradithérapeute établi dans la zone de Poli.

La plupart des patients font donc recours à un centre de santé en dernier ressort. Ce qui se justifie entre autres par l’éloignement des centres de santé dotés d’un système de prise en charge, le recours à un thérapeute traditionnel, l’état dégradé des routes, retardant mécaniquement l’arrivée du patient dans l’un des trois centres de prise en charge du district : Poli, Fignolé et Béka. Selon le Dr. Raoul Nembot, chef de district de Poli, il existe pourtant en interne un protocole approprié constitué de vaccins et sérum antivenimeux pour la prise en charge des victimes.

morsures de serpent, Vipères

Les lieux de morsures varient d’un patient à un autre. « Lorsqu’on demande aux patients les lieux de la morsure, ils nous disent que c’est au champ ou alors en rentrant du champ. Il y a les herbes en route et ils y vont à pied. D’autres personnes affirment avoir été mordues au point d’eau, derrière la maison pour se mettre à l’aise. Les herbes sont très proches des maisons », révèle Ngu Hilman Nche, infirmier en service au district de santé de Poli. Surnommé par ses pairs « monsieur serpent » pour ses travaux y afférant, Ngu Hilman Nche relève, par expérience, que le serpent mord toutes les parties du corps humain et n’épargne pas aussi les animaux domestiques.

Une étude réalisée entre 1999 et 2004 sur la répartition biogéographique des serpents venimeux au Cameroun démontre que la zone de savanes sèches du Nord est dominée par le vipéridé Echis Ocellatus. Plus de 40% des envenimations ont lieu pendant les 3 mois de préparation des champs et semailles du coton, peut-on lire. Il ressort également de cette étude que la population à risque est composée des sujets dont l’âge est compris entre 15 ans et 45 ans.

D’après les riverains, sur 10 morsures, au moins 8 sont des vipères. « Les serpents d’ici sont tellement venimeux à cause du climat sec et la forte chaleur. Leur poison est très concentré, lorsqu’ils envoient une quantité dans le corps, l’organisme se paralyse. Ils sont tellement mortels au point où la mort survient deux ou trois heures de temps après la morsure », explique Ngu Hilman Nche. Et d’ajouter : « Le serpent naja (très venimeux appartenant à la famille des vipères, Ndlr) est le plus dangereux ».

Jérôme Baïmélé

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