Tuberculose : Rupture des Rhez à Douala

Depuis plusieurs semaines, ce premier traitement que l’on prescrit aux personnes détectées positives à la tuberculose est introuvable.

Les traits du visage tirés, Faustin (nom d’emprunt) ne cache pas son inquiétude. Le quinquagénaire vient d’être testé positif à la tuberculose. Entre deux quintes de toux, cet habitant de Douala, renseigne que c’est depuis une semaine que ses résultats d’examens lui ont été remis.

Mais, Faustin fait savoir au reporter que « malheureusement depuis lors, je ne suis pas sous traitement parce que m’a-t-on dit à l’hôpital, il n’y a pas de remèdes actuellement ». Dorine est dans la même situation. A la différence de Faustin, la jeune femme, la trentaine entamée, était déjà sous traitement. « Je suis sous traitement depuis un mois je dirai. C’est en venant prendre mes médicaments pour poursuivre mon traitement qu’on m’a fait savoir qu’il y avait rupture du traitement que je prends ». D’après les deux malades, dans leur état, ils doivent prendre les Rhez. Il s’agit de la première ligne de traitement de la tuberculose. Et c’est précisément ce médicament qui n’est pas disponible.

 

Tuberculose : Rupture des Rhez à Douala

« Actuellement, il y a rupture des Rhez. Et la rupture touche tout le monde parce que quand tu pars à l’hôpital catholique « Notre dame de l’amour » de Logpom par exemple, tu vois plusieurs personnes qui sortent d’un autre hôpital. C’est-à-dire qui viennent d’ailleurs pour se renseigner si les médicaments sont disponibles. Les malades se baladent partout à la recherche des médicaments. Et nous, agents communautaires, comme ils ont nos contacts, ils nous appellent chaque jour pour demander où ils peuvent avoir les médicaments. Certains sont même prêts à payer », explique Donald Lenou, agent communautaire de l’Association camerounaise pour l’éducation sexuelle des adolescents (ACESA), qui travaille en liaison avec l’hôpital catholique « Notre dame de l’amour ».

Contagion

Même son de cloche du côté du Centre de dépistage et de traitement (CDT) de la tuberculose de Oyack. « Jusqu’à présent, nous n’avons pas trouvé de médicaments. Nous sommes en rupture depuis le 28 avril 2022. Il ne s’agit que des Rhez, la première ligne du traitement. La 2e ligne est disponible », renseigne Fabrice Ymele, responsable du CDT de Oyack.

Avec la rupture, une fois dépisté positif, le malade est invité à rentrer chez lui, en attendant la disponibilité des médicaments. « Le souci ici est que, c’est la prise des Rhez qui te permet de ne plus contaminer puisque c’est le premier médicament que tu prends quand tu es dépisté positif. Ce qui rend d’ailleurs les Rhez importants, c’est le fait qu’après 14 jours de traitement, le malade n’est plus contagieux. C’est un traitement qui se prend les 2-3 premiers mois après qu’on ait été testé positif », explique Aristide Donald Lenou. « Après ça, tu fais un examen de crachats et tu passes à la 2e ligne de traitement qu’on appelle les RH. Et les RH sont disponibles actuellement », précise Fabrice Ymele. Pour l’instant il est difficile pour ces patients de savoir à quelle période ces médicaments seront de nouveau disponible. Une situation délicate pour les malades déjà sous traitement, qui courent le risque de développer une résistance au traitement.

 

Tuberculose : Rupture des Rhez à Douala

Douala fait partie des zones qui comptent la majorité des cas de Tuberculose au Cameroun, avec Yaoundé et l’Extrême-Nord, qui ensemble représentent 45% de tous les cas notifiés au Cameroun en 2018, d’après le Programme nationale de lutte contre la Tuberculose (PNLT).

Cette maladie constitue, en effet, un sérieux problème de santé au Cameroun. Le taux d’incidence estimée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est de l’ordre de 186 nouveaux cas pour 100 000 habitants en 2018, avec une moyenne en valeur absolue de 47,000 nouveaux cas attendus par an, dont 10% pour la tuberculose pédiatrique.

D’après les données contenues dans le rapport d’audit des subventions du Fonds mondial pour la lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme publié le 28 octobre 2021, le Cameroun comptait 24 740 cas de tuberculose notifiés en 2019 sur un nombre estimé de cas de 46 000 ; un taux de couverture de traitement de 54% et un taux de succès thérapeutique qui s’est amélioré au fil des ans, atteignant 84% en 2019. En outre, selon la banque mondiale qui s’est appuyée sur le rapport sur la lutte contre la tuberculose dans le monde, le taux de détection des cas de tuberculose (toutes formes) était de 48% au Cameroun en 2020.

Marthe NDIANG

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